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SENHUILE-SENETHANOL-ENTRE OPPOSITION RADICALE ET ESPOIRS DEÇUS Les éleveurs déterminés à s’y opposer



Le projet agro-industriel Senhuile-Sen-éthanol, né de la jonction de capitaux Italo-sénégalo-américains, continue d'être décrié par les populations de la communauté rurale de Gnith, les pasteurs en particulier, qui entendent s'opposer de toutes leurs forces, aux aménagements en cours.

Après plusieurs mois de conflits marqués par des heurts avec les forces de l'ordre, des arrestations et procès, l'opposition au projet ne faiblit pas, même si une trêve est notée en ce moment. Par ailleurs, du côté du Conseil rural de Gnith, on crie à l'arnaque car, les aménagements compensatoires promis pour l'élevage, les promesses « mirifiques » faites en termes d'emplois ou de subsides annuels à verser dans les caisses de la collectivité locale, semblent repoussés aux calendes grecques. Ils l'ont fait savoir, le week-end dernier, lors d'une caravane de presse organisée par le Cadre national de concertation des ruraux (CNCR), la Fédération des organisations non gouvernementales du Sénégal (FONGS) et ENDA-Pronat venus à l'écoute de leurs préoccupations dans le cadre de leur plan de lutte contre l'accaparement des terres.

Son implantation avortée dans l’arrondissement de Fanaye a été sanglante avec la mort de deux individus et une dizaine de blessés suite à des heurts entre pro et anti-Senhuile -Senéthanol. La délocalisation forcée du projet au niveau de la réserve de Ndiael, dans les terres du dieri, n’en est pas moins tragique.

De violentes confrontations entre populations locales et forces de sécurité ont causé, par le passé, des blessés de part et d’autres, sans compter trois enfants récemment morts-noyés dans les canaux aménagés par l’entreprise italo-sénégalaise. Pour autant, les comptes n’ont pas encore fini d’être soldés. Les habitants de 37 villages situés dans l’emprise du projet agro-industriel, essentiellement des éleveurs peuls, ont réaffirmé leur opposition radicale à ce projet dont les aménagements sont déjà assez avancés.

Après avoir obtenu le quitus présidentiel, la société a difficilement opéré les premiers aménagements sur le terrain. Les pasteurs peuls ont fait face aux bulldozers et autres grues. Les escarmouches ont alterné avec les affrontements sanglants. C’était le cas le 31 Octobre dernier au village de Nguiladou où les heurts entre éleveurs et gendarmes avaient causé quatre blessés dont deux du côté des pandores. Le village de Nguilandou est d’ailleurs devenu avec Ndiourki, les deux symboles de la résistance farouche contre, disent-ils, ceux qui veulent « ôter le pain de leur bouche. »

Quelques concessions isolées composées de paillotes, des enclos, deux bâtiments en dur et une école publique de deux classes. Voilà le patrimoine qu’affiche le hameau de Ndiourki. Les habitants ont pourtant opposé une vive résistance aux gendarmes, le 1er février 2013. Ce jour-là, pas moins d’une quarantaine de grenades ont été largués ici par la gendarmerie pour réprimer l’opposition des habitants aux aménagements de Senhuile-Senéthanol, rapporte le chef de ce village coincé entre le périmètre du projet italo-sénégalais et les champs de patates douces de l’agro-business de propriétaires privés.

Pour GorguiSow, conseiller rural et vice-président de l’Association départemental des éleveurs de Dagana, leur seul revenu provient de l’élevage. « Où est-ce que nous allons aller ? Nous n’irons pas franchir le fleuve Sénégal avec nos bêtes pour nous installer en Mauritanie. Avant de servir des étrangers, il faut que l’Etat pense d’abord aux nationaux établis sur ces lieux bien avant le décret de 1964 qui a érigé la zone de Ndiael en réserve. » Les 6 500 hectares prévus pour recaser les 37 hameaux, « c’est de la provocation », considèrent-ils, car, ils se sentent déjà à l’étroit sur la zone tampon.

De son côté, Isma Sow, le président du Collectif des opposants à l’entreprise Senhuile-Senéthanol, rappelle qu’ici « nous vivons exclusivement de l’élevage. Tout ce que nous réalisons ici, maisons, pèlerinage à la Mecque, mariages ou baptêmes, c’est grâce à l’élevage », plaide-t-il.La politique du fait accompli et le manque de concertation ont également été pointés du doigt. « Les gens de Senhuile discutent avec d’autres personnes et non pas avec nous qui habitons le site », renchérit Gorgui Sow.

A Gnith, le président de la commission domaniale de la communauté rurale embouche la même trompette. « C’est l’Etat qui a pris la décision de valider ce projet qui a déçu l’espoir des populations parce qu’il n’a tenu aucun des engagements pris au départ.» Selon M. Diop, les promesses de 8 000 emplois ou encore de versement de 800 millions à la communauté rurale ne sont respectées.

Venu apporter son soutien aux populations, BabacarDiop, administrateur du CNCR et président de la FONGS, assure que leur préoccupation n’est pas de s’opposer à un projet si celui-ci doit prendre en compte la sécurité alimentaire. Mais, objecte-t-il, « un tel projet doit aussi insister sur la sécurité publique », avant de faire remarquer que les éleveurs ont besoin d’espace alors que les aménagements faits dans les régions n’ont pas pris en compte l’élevage. M. Diop qui fut président de l’ex-communauté rurale de Ross-Béthio qui englobait Gnith, préconise un aménagement concerté du territoire.

Pour lui, il faut revoir l’affectation de terres pour permettre au projet de se dérouler, mais aussi, mettre les populations dans de bonnes conditions. « L’Etat dépositaire de la légitimité populaire ne doit pas entreprendre une action qui va à l’encontre des intérêts des populations ».

Sud Quotidien

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