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“La question n’est pas tant de savoir s’il faut retourner ou pas au pays, mais de s’organiser”, selon Saliou Dramé, de l’association Asdev



“La question n’est pas tant de savoir s’il faut retourner ou pas au pays, mais de s’organiser”, selon Saliou Dramé, de l’association Asdev
Des spécialistes sénégalais de la micro-finance et des questions de développement viennent de mettre en place l’Association pour le développement (Asdev) dont le premier objectif est d’accompagner les Sénégalais en France qui souhaitent participer au développement de leur pays d’origine. Saliou Dramé, président du conseil d’administration de l’Asdev, répond aux questions de Co-Developpement.Org:

Qu’est ce qui vous a poussé à créer l’Asdev?

“Chaque année, quelque 2 millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée, et autant dans les flots de l’Atlantique…”, dit Jean Ziegler dans un article du Monde diplomatique de mars 2008. Face à cette problématique, les gouvernements des pays concernés recherchent des solutions pour réguler positivement les flux migratoires et posent les bases du co-développement. Aussi, les Africains de l’extérieur ne peuvent-ils se démarquer et rester insensible à cette dure réalité. Il leur faut s’impliquer, prendre en charge leur destin, celui de leur peuple. La question n’est pas tant de savoir s’il faut retourner ou pas au pays, mais de s’organiser pour assurer des transferts de savoir, de technologies, de biens et de services. Il s’agit de promouvoir des initiatives pour construire la confiance, de créer des emplois décents et durables, de faciliter le renforcement des institutions et, plus particulièrement, de contribuer à la promotion et au développement de l’initiative économique. C’est cela le challenge de Asdev, qui est l’aboutissement d’une réflexion menée par un groupe d’intellectuels, d’experts en microfinance et en développement, et de partenaires au Nord et au Sud.



Quels sont les projets initiés par votre association ?

Asdev vient de lancer à Nancy une initiative de “plateforme de recyclage et d’insertion”, qui est un projet d’utilité sociale et de solidarité internationale. L’impact de ce projet au Sénégal sera, à court terme, la création d’un “centre de capacitation et d’insertion”, le financement de microprojets pour des personnes et des territoires défavorisés, et la stimulation de la création et de l’innovation à travers un concours de projets innovants organisé en partenariat avec les universités de Saint-Louis et de Ziguinchor.

Dans quels domaines allez-vous appuyer les migrants déjà établis en Europe ?

Notre action envers les migrants déjà établis en Europe va s’articuler autour de l’insertion socioprofessionnelle de ceux qui sont en situation de grande difficulté, de l’aide au retour au pays d’origine à travers un accompagnement d’amont en aval et du financement des projets de ceux d’entre eux qui sont en situation d’auto-emploi.

Les émigrés sénégalais investissent près de 500 milliards de francs Cfa dans le bâtiment et dans l’aide familiale. Comment compter vous les sensibiliser de sorte qu’ils s’orientent vers des projets plus productifs ?

Asdev compte tisser un réseau de partenariats à nouer au Nord comme au Sud pour élargir notre champ d’action et le rendre plus efficace. Nous compterons notamment pour partenaire la Société d’investissement pour le développement local (Sidel), une initiative dans la dynamique du co-développement destinée à mobiliser et à orienter les fonds des migrants pour des investissements productifs dans les pays d’origine.

Prévoyez-vous de sensibiliser les jeunes aux dangers de l’émigration illégale ?

Ces jeunes ont fait de “partir” leur cri de guerre face à l’illusion perdue, la non perspective, la “vie de mort”. Ils ne trouvent pour autre perspective que de se jeter à la mer… et parfois à la mort, pour échouer quelque part en Europe ou dans l’autre monde. Aventure ou suicide ? “Peu importe ! Quel sens se battre localement et rester, sinon prolonger l’agonie ?”, vous diraient-ils. Ces jeunes sont mus par cet élan car ils ne trouvent plus de sens, ils veulent “réussir” à tout prix. Mais au même moment, revenir est le rêve de plus d’un migrant face à la désillusion du paradis d’outre-mer. Ces derniers n’ont plus qu’une hantise: rentrer les mains vides, en reprenant presque tout à zéro. Que vaut rester loin des siens, sans perspectives et à y perdre jusqu’à son âme ? De la même manière, ceux qui veulent partir et ceux qui veulent revenir recherchent une perspective. Mais où la trouver ? Par nos actions, nous nous évertuerons de montrer qu’il est possible de réfléchir autrement, d’agir autrement, de donner du sens, et que la perspective est peut-être ici, près des siens.

Avez-vous noué des contacts avec le ministère des Sénégalais de l’extérieur ?

Pas encore, mais cela fait partie de nos projets imminents. Nous avons dans un premier temps préféré poser d’abord les bases du dispositif. En rencontrant les autorités du ministère sur du concret, nous leur permettrons de percevoir clairement quel peut être notre apport aux efforts qu’elles déploient et, le cas échéant, quel peut être leur soutien à nos initiatives. De même, nous prendrons contact très prochainement avec le ministère de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, ainsi que celui des Mines, de l’Industrie et des PME sur des aspects de nos actions pouvant les interpeller.

L’association compte-t-elle s’appuyer sur les dispositifs de coopération décentralisée ?

En effet, l’un des axes de travail de l’Asdev concerne la coopération décentralisée. Nous souhaitons participer aux actions menées par les collectivités territoriales du Nord et du Sud en nous positionnant comme partenaire privilégié capable d’aider à trouver plus d’efficacité et d’efficience dans la plupart des objectifs fixés pour les projets de coopération décentralisée. Asdev se veut, tout simplement, un relais efficace face aux efforts consentis souvent sans implication a priori des bénéficiaires des projets de développement. Notre objectif n’étant pas de faire “à la place de” mais d’aider à mieux faire, nous participerons aux réflexions en amont pour mieux cibler les actions de coopération. Nous interviendrons dans le suivi et l’évaluation de l’impact en aval afin de tirer les enseignements qui sied pour l’avenir.

Association Asdev: www.asdev.org
Source:http://www.co-developpement.org

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