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INTEGRATION AFRICAINE ET COOPERATION AGRICOLE Dakar, ville de foires



Dakar renoue, du 5 au 18 mars, avec une nouvelle Foire dédiée, cette fois, à la promotion des productions agricoles et animalières. La Foire internationale de l'Agriculture et des ressources animales (Fiara) est devenue une réalité dans le processus d'intégration des marchés ouest-africains. Et, aujourd'hui, même si elle n'a pas encore toute l'envergure de la Foire Internationale de Dakar qui s'est déroulée au mois de décembre dernier, la Fiara est devenue un évènement bien noté dans l'agenda des producteurs et opérateurs de la sous-région ouest-africaine (Mali, Guinée, Côte d'Ivoire, Guinée Bissau, Gambie etc.)

Février –mars. Deux mois de fêtes pour les grandes villes. Paris pour son Salon de l’agriculture. Ouagadougou pour son Festival du Cinéma. Et Dakar, pour sa Fiara. Devenue ville de foires, la capitale sénégalaise devra encore relever le défi de l’organisation pour ne pas voir la Fiara, pleine de belles promesses depuis qu’elle a été installée dans les locaux d’un lieu de foire ( réduit dans son corps par Wade et ses gouvernements), en un simple marché à la sénégalaise. C’est bien au dessous de ce que veulent les organisateurs. Plus exotique que la grande messe qui l’a précédée, la Fiara est un rendez-vous des saveurs et parfums d’un sous continent qui se cherche une place dans l’économie-monde.

Organisée à Dakar sous l’égide du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr), la fête se veut un moment d’échanges, d’expositions et de débats sur des questions « graves » d’avenir, liées à la sécurité alimentaire, à l’intégration économique dans l’espace de l’Uemoa et à la promotion de la Chaîne dite des valeurs agricoles. Pour faire cause commune, l’Association sénégalaise pour la promotion des petits projets de développement à la base, est aussi de la partie. Vaste programme. Au début presque anecdotique dans les agendas économiques, la Fiara commence à devenir un rendez-vous du donner et du recevoir pour les producteurs de biens agricoles en Afrique de l’Ouest.

Même s’il lui manque encore le soutien des acteurs privés, mais surtout de l’Etat qui fait ce qu’il peut en leur donnant le site de la foire, il reste une marge pour qu’elle devienne un évènement majeur du continent. Tout le défi est là. Le vœu est d’en faire une sorte de Think thank grandeur nature qui offre par ses débats et rencontres, des solutions aux pouvoirs publics en Afrique. Mais seul, cela suffirait-il à assouvir l’appétit grandissant des organisateurs ? Surtout quand on sait qu’au niveau du Réseau des organisations de producteurs en Afrique (Roppa), l’avenir ne se résume plus à voir le monde rural exister, mais à émerger et donner des solutions face à la crise économique et sociale.

Du coup, les éleveurs se battent pour avoir plus d’espaces et de moyens. C’est leur droit. Les agriculteurs aussi dans leur domaine font face aux énormes promesses de l’agrobusiness pour imposer d’abord une production africaine propre appartenant au continent. Car avec les instituts nationaux de recherche, à leur tête (l’Isra pour le Sénégal, le Cnra (1), pour le Mali, l’Irag (2) pour la Guinée, pour ne citer que ces exemples), le futur est à la promotion de véritables productions des terroirs. La mode est à qui, aujourd’hui et demain, comme indiqué au niveau du Fonds des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (Fao), saura assurer à travers une banque de données claire, nette et précise, offrir à sa population des variétés agricoles et d’élevage bien entretenues.

Vous avez dit bio ? La ferme ne devrait pas être bien loin. Plantées et récoltées sur des sols propres, avec un rendement élevé, ces productions permettraient à l’agriculteur ou à l’éleveur, d’entrer dans ses comptes.

Dans le genre, le Brésil, pays émergent a donné le signal à travers sa spécialisation dans la production vivrière. Cela, non au détriment du café, mais à travers les efforts dans la mise en valeur des cultures vivrières, avec le choix du maïs, du sorgho, du riz et encore. Naguère, Directeur Général de la Fao, l’agronome Jacques Diouf, s’inquiétait d’une contradiction majeure pour le continent africain de ne voir que moins de 20% des terres arables mises en valeur. Une gageure quand on a du mal à se nourrir. Et il disait également son plaisir au même moment, devant les donateurs et banques, de faire remarquer que quelque 11 pays du continent, à une certaine époque malmenés par les déficits en tout genre, grâce à des efforts similaires à ceux réalisés par les Brésiliens, ont atteint aujourd’hui, sinon, l’autosuffisance alimentaire, du moins la sécurité dans le domaine.

Nouveau désir de grandeur

Une terre de paradoxes : L’Afrique. Voila donc le sens de cette autre foire, dont le mérite est de voir aussi le continent faire se rencontrer ses enfants qui se nourrissent de sa sève, de ses énormes potentialités encore insuffisamment exploitées en eau, en pâturages, en herbes pharmaceutiques etc. Ce qui manque à la Fiara, et on peut le déplorer, c’est encore le peu d’espaces réservés aux connaissances sur les foresteries et produits de cueillette. En dehors du karité qui foisonne, par ses dérivés, sur les rayons, l’on ne connaît rien de certaines espèces d’arbres fruitiers de la sous-région. Alors qu’il y a aussi une richesse à trouver de ce côté en développant la recherche et en échangeant sur les bonnes pratiques et les résultats obtenus.

Dakar, ville de foire, au moment où à Brazzaville (3), dans la quête de son retour au passé glorieux de la pénétration coloniale en Afrique, l’on célèbre l’Afrique et ses hommes de culture, voilà le signe d’une forme de résurgence positive dans laquelle s’inscrivent progressivement les nouvelles générations. Pour ne pas signer un pacte de fatalité avec un diable nommé : résignation et paresse. Un retour propre et signé de son propre label dans l’histoire du monde, c’est aussi le sens de ces deux évènements, même s’ils n’ont pas la même ampleur. Le positif est dans l’effort de la rencontre. Des moments de paix et de concorde que cherchent à retrouver et à faire durer des groupes d’action et de recherche préoccupés par le devenir de l’Afrique.

Loin du nihilisme religieux dans lequel des courants sortis de nulle part, aux abords de l’obscurantisme veulent emballer le monde, c’est dire, qu’au-delà de la crise malienne, il y a une Afrique qui ne cesse de bouger dans le bon sens. Une Afrique qui sait où elle va et avec qui… Un continent qui veut que son rayonnement passe par les portes d’entrée que sont les grandes villes ; des espaces non seulement destinés à l’exode, mais qui doivent devenir des zones de rencontres, de construction et de consolidation de la paix ; des aires d’esquisse de ce que devraient être les clés du développement durable.

Après Africités, fête des villes, consacrée au mois de décembre 2012 à la remise en valeur des territoires, Dakar reçoit ainsi une autre facette du continent, celle des terroirs et de leurs mille saveurs au plan de la production alimentaire.




NOTES

1-Le Comité National de la Recherche Agricole
2-L’Institut de recherche agronomique de Guinée ;
3-« L'Afrique qui vient» c'est le thème de la 9è édition africaine des Etonnants Voyageurs qui s’est tenu en ce mois de février (du 14 au 17), pour la première fois au Congo à Brazzaville.

Mame Aly KONTE
Sud Quotidien

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