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IBRAHIMA GAYE, COORDONNATEUR DU PROJET : « Le Wind veut protéger les agriculteurs contre les dangers qu’ils encourent »



Le coordonnateur du projet Wind au Sénégal, au Mali et au Bénin, Ibrahima Gaye, revient dans cet entretien sur la présentation du programme, ses perspectives et enjeux.

C’est quoi le Wind en tant que programme ?

Le Wind est un projet d’amélioration des conditions de vie et de travail en milieu agricole. Il s’agit d’une mise en place de la Convention 184 de l’Oit et de l’application du travail décent. Le Wind a pris source au Vietnam où, devant une agriculture fortement mécanisée et utilisatrice de pesticides, l’on a remarqué des accidents et des maladies. Puisqu’il y avait une méthode en milieu entrepreunarial, le Wise, qui consistait, à travers la formation, à mettre les employés des entreprises dans les meilleures conditions de travail et de sécurité, un expert vietnamien s’est inspiré de la méthode pour la transférer en milieu agricole. Testée pendant dix ans, la méthode Wind a eu un succès retentissant que le gouvernement s’en est inspiré et a largement investi pour sa vulgarisation dans le reste du pays. Le Bit a songé, après ce succès, à introduire la méthode en Afrique de l’Oouest, notamment en Bénin, au Mali et au Sénégal.

Pouvez-vous donner des exemples concrets par rapport aux bienfaits du Wind ?

Dans nos pays, 80 % de la population active est constituée par des agriculteurs qui n’ont pas de système de protection sociale. Le Wind s’évertue à protéger les agriculteurs contre les dangers qu’ils encourent et à améliorer les conditions de vie. J’illustre par l’exemple l’agriculteur qui tombe malade du fait de l’utilisation de pesticides. Il sera obligé de débourser pour se soigner. Avec le Wind, cet agriculteur saura comment utiliser ses pesticides et éviter ainsi de tomber malade. On pourra alors réduire la pauvreté et accroître la productivité vu que l’agriculteur saint est plus à même d’améliorer, de produire.

Mais le Wind s’intéresse aussi à la vie des paysans, à leurs foyers ?

Lorsque l’on parle d’une amélioration des conditions de vie en famille, le Wind promeut la scolarisation des enfants. Le fait de travailler crée souvent un fort préjudice pour les femmes en état de grossesse, c’est pourquoi l’égalité de genre est pris en compte dans la méthode Wind. Cela veut dire que les décisions prises au niveau familial doivent être arrêtées après concertation. En définitive, tout ce que le Wind prend en charge n’a pas de coût ou un coût très faible. Le Wind s’appuie essentiellement sur le savoir et le savoir-faire local.

L’exécution du programme révèle néanmoins quelques limites objectives ?

Le contexte asiatique qui a vu naître et se développer le Wind est très différent de celui des pays africains. Les Asiatiques sont extrêmement disciplinés. Il nous faut simplement réunir un certain nombre de conditions tout en mettant en place un dispositif pour accompagner les agriculteurs dans les améliorations possibles. Il est vrai que le Wind se base sur des images puisqu’on dit : mieux vaut voir une fois que d’entendre cent fois.

Pourquoi le choix de la zone des Niayes et du delta du Sénégal ?

Le projet a démarré timidement au Sénégal en 2007 et connu sa phase opérationnelle en 2009. Il intervient essentiellement dans les zones des Niayes et du delta du Sénégal. Ce n’est pas pour rien que nous avons choisi ces zones.

La zone des Niayes fournit 80 % de la production maraîchère du pays, ce qui veut dire qu’elle est une forte utilisatrice de pesticides, de motopompes, de fertilisants. On retrouve, dans la zone rizicole du delta, des équipements motorisés et mécanisés. Il y a donc des risques réels auxquels sont confrontés les acteurs.

Pourriez-vous vous essayer à un petit bilan à mi-parcours ?

A ce stade, je note un niveau de satisfaction suite au déclic qui s’est enclenché dans la zone de Saint-Louis avec l’Agence régionale de développement pour que les collectivités locales prennent en charge la méthode. Il est prévu l’organisation d’un atelier regroupant l’ensemble des présidents de communautés rurales, les agents des centres d’appui au développement local. L’objectif de l’atelier est de prévoir dans le budget des collectivités locales une proportion qui sera consacrée à l’exécution de formation.

Je pense que le projet est très pertinent dans ces zones et les gens ont vu la plus-value qu’il leur apporte. On n’a pas encore d’éléments de mesures pour tirer des conclusions, mais tout un dispositif suivra pour évaluer, dans deux mois, les améliorations réalisées.

Je suis néanmoins satisfait du travail sur le terrain. Je dois aussi avouer avoir vu une productrice qui a pris l’engagement d’envoyer dorénavant ses enfants à l’école. Cette prise de conscience est l’un des objectifs que nous poursuivons.

FRANÇOIS MURANGIRA, DIRECTEUR DU BUREAU SOUS-REGIONAL DE L’OIT : « Il faut créer des emplois décents dans le monde rural »

Pour le directeur du bureau sous-régional de l’Oit, François Murangira, le Wind « est un programme qui a pour objectif la promotion du travail dans le milieu agricole qui emploie la majeure partie de la population agricole ». Son organisation a mis en avant ce programme puisque le « secteur a été depuis longtemps négligé, alors que les conditions de vie et de travail de ses animateurs sont très difficiles et peu adaptées. On note une prédominance des femmes et des enfants et aussi l’analphabétisme dans le milieu agricole ». Ainsi, en parfaite intelligence avec son programme de travail décent et sa volonté de créer des emplois, le « Bit essaie de voir dans quelles mesures on peut améliorer les conditions dans le monde rural. Les pays développés ont commencé par l’agriculture qui est indispensable à tout développement. Le secteur agricole est pourvoyeur d’emplois, il faut donc faire en sorte qu’il soit sain, attractif ».

« C’est vrai que le projet est en phase pilote dans trois pays africains. Il faut d’abord réussir à l’asseoir avant de l’étendre dans d’autres pays. On recherchera les moyens qu’il faut pour la réussite. Pour nous, l’essentiel est de créer des emplois décents dans le monde rural. Il faut faire en sorte que les travailleurs du monde agricole puissent se protéger socialement contre les maladies, les difficultés, régler la question de la pension de vieillesse, etc. », souhaite M. Murangira.

Pour lui, il faut miser sur « l’agriculture (qui) fait nos économies ». Il souligne néanmoins la nécessité d’« une volonté politique, mais aussi des moyens pour des actions concrètes. Une bonne agriculture permettra d’endiguer l’exode rural. Si les populations rurales migrent, c’est qu’elles ne trouvent pas les conditions les meilleures dans leur milieu d’origine. On recherche maintenant les revenus dans les villes alors que le monde rural devrait également en fournir puisque la terre est la première richesse. Cette terre constitue un trésor insoupçonné, mais on la néglige et la maltraite ». Dans le même ordre d’idées, il place au centre des défis la question de leadership politique. Seulement, les agriculteurs savent ce qu’ils veulent et sont bien organisés, assure-t-il. Et de prévenir qu’ « on n’a donc pas à leur imposer quoi que ce soit, mais plutôt à discuter et à partager avec eux des expériences concluantes ».

« On note une volonté étatique au Sénégal avec la Goana (Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance) qui fournit des semences, de l’accompagnement, mais il faudra des conditions sécurisées qu’apporte justement le Wind », selon le directeur du bureau de l’Oit.

Il souligne que son organisation est disposée à toujours apporter son appui technique.

Le Soleil

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Projet Wind


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