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GESTION DES TERROIRS ET DEVELOPPEMENT LOCAL Le delta du Saloum ne veut pas mourir

Entre crises et marasme économique, hommes et femmes se battent sur les rives à l’intérieur des bolongs du Saloum, avec leurs moyens pour sortir de la pauvreté. Dans cette région du Niombato, au cœur du delta du Saloum et de la Gambie, le temps ne s’est pas arrêté avec la monoculture de l’arachide. Elle s’est adaptée aux saisons. Depuis deux décennies, les variations climatiques ont poussé ces milliers de gens vivant de la pêche, de l’élevage, de l’agriculture et de la cueillette, à s’adapter à leur nouveau genre de vie.



Au Saloum, sur les bords du delta, la bonne terre se retire avec elle, toutes ses richesses. Au fil des ans, les principales espèces d’arbres (cailcédrats, fromagers, figuiers en tout genre, Taba (Saba senegalensis), Acacias, Ditax, Tamariniers etc. ont disparu de certains endroits pour laisser place à des vides. Dans cet écosystème, la mangrove composée de trois espèces : l’Avicenia, le Rhizophora et le Laguncularia racemosa, a gardé les couleurs et la splendeur des formes qui ont fait sa réputation. Elle n’en a pas moins pâli des haches et coupe-coupe des hommes. Utilisée comme matériau de construction, les branches du palétuvier ont fait les frais du désir des populations du delta, à investir dans le logement en dur, le tourisme rural, le bois de chauffe etc.

Depuis le nord du delta aux environs de la localité de Foundiougne, Le résultat est visible dans la zone, avec des milliers d’hectares de la mangrove coupés qui ont disparu de la carte de la région, en dépit des efforts de reboisement. Dassilamé Serére est un petit village du delta qui se situe au bord d’un petit bras de mer. Dans ce village peuplé de moins d’un millier d’âmes, les populations vivent dans des conditions loin de la richesse qu’elles ont connues au cours des années 1950-1960. La crise des systèmes de production est passée par là. Avec la fin de l’encadrement rural, l’endettement des paysans, le monde rural n’a pas connu de véritables mutations au cours du 20 ème siècle.

La relance de l’agriculture a été entamée sans avoir amorcé, au cours des années 1990, les véritables prémisses d’un nouveau take off. Lancée l’année dernière, la Grande offensive agricole contre la nourriture et l’abondance (Goana) non plus… n’a pas été d’un grand secours pour les paysans du delta. Nonobstant les différents projets de développement du maïs, de l’anacardier, deux produits très présents dans la zone tout comme la mangue. Dans un finage en détresse, toutes ces entreprises n’ont pas suffi à relancer les paysans. Tout comme du reste, la présence remarquée des Organisations non gouvernementales.

Le principal facteur lié à cette difficulté à faire largement décoller la région la plus agricole du pays a été l’absence de véritables forces de travail dans les gros villages à cause de l’exode rural. Dans les villages limitrophes du delta et de la mer, la pêche ne nourrit plus son homme comme avant. Les espèces de poisson sont encore là, mais en petites quantités. Cela à cause de la surpêche, mais aussi du prélèvement effectué sans relâche sur les forêts de mangrove depuis une vingtaine d’années.

Attaquée jusque dans leur cœur, les forêts de mangrove ont payé le coût de la demande de la surexploitation imposée par les chercheurs d’huîtres. Le constat a été fait par les gens des villages limitrophes des bolongs du Saloum. Et contre ces pratiques néfastes à l’environnement, ni les tentatives de reboisement ni les campagnes de réintroduction des espèces disparues comme l’avicenia, le rhizophora et plus rare le laguncularia racemosa, n’y ont rien fait.

Aujourd’hui, avec les capacités de charge dépassées sur des zones où le déboisement a été intense autant sur les forêts sèches pluviales que celles plus adaptées à l’eau, à la boue, les dernières réserves de palétuvier résistent au temps. Mais pour combien d’années encore ?

Le temps s’est arrêté…

Sur la route latéritique en direction du village de Missira, à l’estuaire du Saloum, se trouvent encore de nombreuses petites bourgades. Ils ont noms : Bani, Dassilamé sérère, Néma Ba, Missira. Perdues sous les feuillages de quelques baobabs encore debout, de fromagers et de cailcédrats, ces localités du delta du Saloum sont encore en quête d’avenir en plein 21 ème siècle. Comme si certaines parties de l’Afrique étaient à l’arrêt depuis un demi-siècle, on se demande encore de quel avenir peut-on parler dans ces villages et leurs populations.

Avril se termine encore sous une très grande chaleur. La terre est sèche. Il fait chaud. Et sous l’ombre des arbres, les hommes et femmes comme tétanisés, se demandent comment faire pour défricher les champs où résistent encore les dernières herbes sèches de la saison ; essentiellement des graminées. Les bouts de branches de mil aussi étouffé par la chaleur, semblent inertes parce que livrés aux intempéries. Ils attendent les derniers coups de pioche qui les feront partir à jamais, dans le feu ou la terre. La vie se mène au ralenti et en dehors des environs des quelques puits encore remplis d’eau douce, les rassemblements humains sont rares. Même les animaux prennent leur temps…

Mai-juin, mois de tous les périls

Rigueur climatique et ajustements économiques

Les premières pluies sont encore loin et face au néant qui imposent sa chaleur et le vent sec, les paysans s’interrogent et se posent tous la même question : comment faire face à la soudure ? A quoi ressemblera la saison des pluies de cette saison ? Les rares jeunes qui s’activent dans la culture de contre saison, ont un autre souci : celui de la protection de leur culture, face à l’arrivée massive de troupeau étrangers dans la zone dès le mois de février en quête de fourrage.

Inconscients du souci qu’ils représentent dans la zone pour les paysans, par la méconnaissance du terrain, les bergers, usés par la soif, la faim, et leur long parcours ne se soucient pas de préserver la vie des pauvres champs maraichers que leur bétail voit dès qu’il débarque dans le Saloum. La nuit comme le jour, leur troupeau s’attaque à tout ce qui est verts, brisant les clôtures, brise-vents, pour se ruer sur l’herbe verte de ce « paradis » en pleine saison sèche. « La préservation des milieux n’est pas leur souci principal », signale Ibrahima Ndong, jeune maraicher à Dassilamé sérère.

Volontaire et très convaincu qu’on peut faire quelque chose chez lui, le jeune agriculteur ne veut plus attendre le sort. Il lui faut plus qu’une clôture en fils barbelés ou avec des épineuses. « Je n’avais pas pensé au salane avec son système de haie que les animaux ont du mal à franchir. Mais, je crois que si on ne veut pas voir notre détresse se transformer en cauchemar, nous devons penser à tous les moyens qui pourraient éloigner ce bétail et ceux qui les amène à épargner nos plants… Je comprends, ajoute Ibrahima Ndong, qu’ils ne comprennent pas la sociologie de nos milieux et nos règles, mais quand même ils exagèrent et rien ne semble les arrêter… »

Longtemps peu engagés dans la culture de contre saison, la zone de Niombato, a fini par se convaincre grâce aux services déconcentrés de l’Etat, aux Organisations non gouvernementales, qu’avec un peu de moyens, elle pourrait se sortir de la dépendance de l’arachide. Pendant longtemps, sur l’axe Passy-Sokone-Toubacouta, les rares échanges qui se faisaient, l’étaient autour de quelques rares produits du terroir dont l’arachide, le maïs, le mil et… les noix d’anacardier. Cela, à cause du projet anacardier de Sokone. Le dynamisme des marchés hebdomadaires comme celui de Passy le samedi matin, à fait le reste. Et de plus en plus, de nouveaux produits sont arrivés : le bétail, les poulets, les fruits sauvages, la mangue etc. Et voici pour le décor.

Les femmes en première ligne

Dans des villages essentiellement peuplés d’enfants et de femmes, la pauvreté encore présente, n’est plus considérée comme une fatalité. Actives dans l’ostréiculture, la cueillette, la récolte du miel de mangrove, la transformation des produits de la mer ou des bras de mer, la femme paysanne au Saloum, a compris que le choc des mentalités attendu depuis un demi siècle ou plus, ne viendra que par la prise de conscience du danger que pourrait représenter la fin des écosystèmes d’estuaires, de la mangrove et des rares forêts reliques encore debout dans la zone à côté de la petite réserve de flore et de faune du Fathala dans le noyau du Parc national du Delta du Saloum.

Le temps est compté, mais pas perdu, semblent se dire ces femmes encore livrées à la corvée de l’eau autour des puits. Et grâce à l’appui et l’encadrement de structures comme les Organisations non gouvernementales, parmi lesquelles, Wetlands International Afrique et l’Uicn dans, le cadre du projet Initiatives Mangroves en Afrique de l’Ouest (Imao), les raisons d’espérer existent. Le débat aussi autour de la question essentiel du développement local et des échanges entre hommes, femmes et enfants vivants la même réalité depuis des années : la disparition progressive de la mangrove au Saloum.

A Dassilamé sérère, Toubacouta, Néma Ba, Sangako pour la partie sénégalaise, Balli Mandika, Diassobo, Buram pour la Gambie, le principal credo qui est de mise aujourd’hui est dans la redynamisation des dernières poches de mangrove, source de vie et d’espoir pour des milliers de gens.

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Territoires et Développement local


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