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CHANGEMENT CLIMATIQUE ET DEVELOPPEMENT Les nouvelles clés pour l’Afrique

Le monde change. Le climat avec lui. Hier, simple vision de chercheur en mal de trouvaille scientifique, aujourd’hui certitude confirmée par nombre d’universités et de laboratoires de recherche dans le monde en général et en Afrique en particulier. Que faire donc face au rythme accéléré de la dégradation du climat, de la mort programmée de certaines régions du monde à cause de l’érosion marine, de l’avancée de la mer, de la sécheresse, des tempêtes et des inondations ? La réponse pour les Africains, relève encore de la magie pour certains. Pour d’autres de la recherche et du partage d’expériences.



CHANGEMENT CLIMATIQUE ET DEVELOPPEMENT  Les nouvelles clés pour l’Afrique
Face au péril climatique, quelle perception et quelles réponses pourraient fournir l’Afrique d’aujourd’hui ? La question est posée au moment où se termine la conférence de Poznan en Pologne sur les changements climatiques. Quelques jours également, après la tenue du 24 au 28 octobre à Nairobi, d’un atelier régional sur l’évaluation intégrée du risque climatique dans les pays africains à l’initiative du Centre canadien pour le développement de la recherche internationale (Crdi). Dans un continent en crise, soumis aux intempéries économiques et climat, peut-il y avoir une réponse pour inverser le dérèglement climatique ? Oui, ont pensé la centaine d’acteurs de l’environnement de professeur d’universités, de responsables de laboratoire venus partager leurs expériences avec les spécialistes de tous bords vivant dans le continent africain.

Histoire de comprendre un peu plus le mécanisme des changements du climat dans le monde, mais surtout dans le continent, Nairobi est entrain de devenir le premier bastion de la lutte contre les changements climatiques en Afrique. Ville de tourisme, situé en pleine dans la zone des collines du mont Kenya (haut de 5195 mètres), la belle mais encombrante capitale du Kenya, se bât pour mobiliser les chercheurs d’un continent qui ont rarement l’occasion passer des jours ensemble dans une ville d’Afrique. Plusieurs facteurs plaident aujourd’hui pour cela, la qualité de ses universités publique et privées, mais aussi celle de ses cadres de réunions et de ses universitaires. Dernier grand enjeu, pour ce workshop, l’idée de trouver et de partager les réponses que chaque africain, là où il se trouve pourrait apporter, en matière de lutte contre les changements climatiques, de dégradation de la couche d’ozone, de pollution. Cela, en tenant compte de l’insuffisance des réponses politiques et économiques apportées à la question jusque-là.

Quel est le coût des changements climatiques depuis le temps qu’on en parle ? Connie Freeman, Directrice régionale du Crdi, invitée d’honneur de la session, comme par un coût d’enchantement ne s’est pas privée de se poser la question, il y a quelques jours à l’occasion d’une session sur l’adaptation aux changements climatiques qui s’est tenu à Nairobi du 24 au 28 novembre. Invitée d’honneur de cet atelier sur l’évaluation du risque climatique, Mme Freeman, militante des questions climatiques, s’est longuement appesantie sur les désastres nés du dérèglement climatique, les inondations et autres impacts liés à la nature.

Pour heurter et sans doute éveiller les consciences au moment où le sommet de Poznan se termine, un autre spécialiste, le professeur Laban Ogallo, un des organisateurs de l’atelier, n’a pas lui hésité à parler du climat comme une véritable bombe. « Oui, a-t-il dit, savez-vous que le climat est une bombe ? Vous vous êtes sans doute demandé un jour d’où viennent les tempêtes, les cyclones tropicaux, le tonnerre qui gronde ? Comment prévenir et réagir face à de tels risques », se demande le spécialiste de climatologie. Si on ajoute à ces fléaux d’autres risques plus divers comme les impacts économiques, sociaux et écologiques, le professeur n’a pas hésité à dire son pessimisme si les sociétés ne réagissent pas avec leur moyen d’abord.

Le plus difficile dans cet exercice a été de définir clairement dans le cadre méthodologique que cherchent à partager les spécialistes, les facteurs de vulnérabilité à côté des impacts imposé de plus en plus aux populations par le climat. Des voies ont été explorées pour faire face aux désormais au péril climatique au lieu d’attendre un messie qui ne viendra jamais. Pour les spécialistes, c’est en essayant de comprendre les processus, qu’on viendra un jour à en maîtriser certains aspects. Et dans ce cadre, la prise en compte des savoirs locaux et indigènes est aussi une voie.

Une certaine implication des producteurs ruraux et de l’agrobusiness s’impose. Tout comme le souhait de voir se multiplier des études combinées transfrontalières comme celles qui existent entre la Tanzanie et le Malawi. La pluridisciplinarité est aussi un palier à franchir pour combler le gap entre spécialistes de territoires et de langues différents. L’Afrique ne devrait pas sur ce chemin, hésiter à jouer un rôle dans les sphères de prise de décision. L’argument est du professeur Richard Odingo, climatologue à l’institut Icpac, qui a souhaité qu’elle se bât à stimuler l’émergence d’un certain leadership face aux questions liées à la vulnérabilité et aux changements du climat en général.

Des facteurs de vulnérabilité évidents

Face au rythme accéléré pour certaines parties du monde, du péril climatique, de nombreuses questions se posent aujourd’hui liées au comportement des hommes et des sociétés. Citant l’exemple marocain, le docteur Saloui Abdelmalick, climatologue et spécialiste de l’hydrologie à l’Université Hassan II de Mohammedia au Maroc, a tenté une démonstration pour le moins habile, en disant que même le « Maroc qui a construit quelque 105 barrages avec de grosses capacité en moins de cinquante ans, paye aujourd’hui les conséquences. Parce qu’en construisant les barrages, on a oublié les impacts climatiques. Les barrages ont, selon lui, un avantage pour l’agriculture et l’irrigation. Mais, le problème est dans les impacts climatiques. A Agadir, les nappes ont baissé de manière continuelle au cours de cette période en passant de 20 mètres de profondeur à plus de 200 mètres. »

Un autre spécialiste cite le cas de l’Afrique du sud. Un pays où la perspective des changements climatiques s’oppose aux normes du développement de l’avis des producteurs. Les agriculteurs sud africains s’intéressent plus à la production et sa rentabilité qu’aux effets des changements climatiques. Un chercheur égyptien a donné un autre exemple en disant que l’Egypte est un cas particulier parce que le pays vit essentiellement du Nil. Mais, les agriculteurs qui dépendent totalement du fleuve et de ses démembrements, ne prennent pas soin de son avenir. D’Alexandrie au Caire, le principe semble être le même. Il y a quelques années, précise le même expert, le dérèglement climatique s’est manifesté sous la forme de tempête grave qui a duré des heures.

En Afrique de l’ouest, certaines régions du golfe de Guinée ont été la proie à des changements climatiques subites avec des conséquences assez graves. Au Ghana par exemple, dans le centre du pays, les saisons pluvieuses ont été réduites de plusieurs semaines affectant sérieusement les productions agricoles (céréales et cultures commerciales comme le coton). Le plus grave est que les populations qui s’étaient spécialisées à la plantation de cocotiers se sont résignées à la culture du maïs. Pour dire que les facteurs de vulnérabilité deviennent de plus en plus visibles et ne s’arrêtent plus à affecter les régions agricoles. Elles s’attaquent à la vie même des gens des villages, mais aussi et encore ceux de la ville.

Derniers exemples au Kenya. Dans certaines régions à vocation rurale de ce pays, les agriculteurs qui comptaient sur deux saisons pluvieuses et deux récoltes de céréales jusqu’au au milieu des années 1980, ne peuvent plus compter que sur une seule saison de production. Et des fois, elle est trop courte. Dans le nord du Kenya, les Turkana regrettent eux aussi, leur pâturage perdu. Une situation aujourd’hui aggravée par la mort importante de nombreuses têtes de bétail (les vaches essentiellement). Et quand on sait l’importance que revêtent encore des produits comme le lait, le sang et la viande dans la nourriture de ces populations, on voit un peu l’ampleur d’un tel désastre sur leur évolution. Aujourd’hui d’ailleurs, les paysans pasteurs de cette vaste région de l’Afrique orientale, n’hésitent pas à penser qu’il s’agit d’une punition que leur a imposée Dieu. Qui a dit Bombe ?

Quelques lueurs d’espoir…

En tous les cas, face aux émissions de gaz à effets de serre et ses effets sur le climat, certains sommets africains et même mondiaux risquent de rien régler. Chaque continent a intérêt à sortir une stratégie propre dans un premier temps. Ce qui a fait dire, au Docteur Amadou Gaye, spécialiste du climat, chercheur au laboratoire physique de l’atmosphère de l’Ecole supérieure polytechnique, que « l’amélioration en terme d’approches méthodologiques qui a été constatée au cours de la réunion de Nairobi, est déjà un grand pas en avant. Même si on a noté que les approches sont les mêmes d’un groupe à un autre, avec les mêmes difficultés, on peut se satisfaire du fait qu’une autre dimension est réapparue dans le travail que nous faisons depuis quelques années : c’est-à-dire l’intégration des savoirs partagés, même si sur ce point, les pays d’Afrique francophone ont encore un certain chemin à faire. »

En tirant les conclusions, le professeur Richard Odingo de l’institut Icpac, en sa qualité de climatologue a tiré quelques enseignements en notant avec les participants « qu’on ne pouvait pas ne pas remarquer qu’il y a encore quelques faiblesses dans la présentation des projets soumis en terme de lutte contre la dégradation du climat et les réponses qui tentent d’y être apportées. » Le spécialiste d’ajouter cependant qu’il a été quand même sensible pour les questions liées à la protection des enfants face à la vulnérabilité de certaines zones. Et je pense, dit le professeur Odingo, que pour le futur, ce groupe devrait être appelé à jouer un rôle de leadership sur les changements climatiques.

Sud Quotidien

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Développement durable


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