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Une catastrophe écologique en formation sur le littoral du Cap Skiring : Gnikine menacé de disparition

Du Cap-Skiring au village de Gnikine, la mer a pénétré profondément à l’intérieur du littoral. Des forêts d’espèces différentes finissent dans la mer. A ce rythme, le village de Gnikine risque d’être rayé de la carte si rien n’est entrepris. Les nouvelles autorités de la Communauté rurale de Diembéring qui ont commencé une large campagne de reboisement de filaos sur ce littoral long de 30 km avec l’appui des jeunes supplient l’autorité centrale et les bonnes volontés de les aider à limiter les dégâts en sauvant des vies, mais aussi une économie socioculturelle dense.



Entre Cap-Skiring et le village de Gnikine, la mer avance chaque année de plus de 3 mètres, selon les experts du milieu. Elle a dangereusement gagné le littoral dans cette localité. Des dunes de sables, des rizières, des forets de palmiers et de rôniers, des baobabs, des arbres sont engloutis par la mer. Des forêts d’arbres morts également. Des morceaux de filets rejetés par le Grand bleu accrochés sur ces bouts de bois deviennent des objets flottants. Par endroits, on trouve des arbres sur lesquels des huîtres sont en train de prendre de l’épaisseur. Le drame écologique est patent.

SPECTACLE DESOLANT
Dans cette localité, les arbres ne meurent pas du fait de l’action de l’homme, ils sont détruits par l’eau de mer de manière systématique, sans arrêt. Constater les dégâts est un jeu d’enfant pour qui se rend sur ces lieux naguère féériques. Au­jourd’hui, les dégâts écologiques y sont patents. Sans outil de lutte efficace, les populations et autres re­groupements proches des écolos recourent à des sacs de sable postés devant les rizières pour barrer la route à la mer. En vain, semble-t-il. Et au fur et à mesure que l’on avance vers l’embouchure du fleuve Casamance, les dommages deviennent plus considérables dans cette partie du littoral de la Communauté rurale de Diembéring.
Situé entre l’océan Atlantique et l’embouchure du fleuve Casaman­ce, le village de Gnikine pourrait bien disparaître à plus ou moins brè­ve échéance, si rien n’est fait. La mer, grande faucheuse devant l’éternel, prend plaisir à arracher sans p­itié les dunes de sable blanc et les arbres qui constituent la végétation, pendant que, de l’autre côté, s’imposent la poussée et la croissance de palétuviers. Entre ces deux phénomènes contraires, les rizières les plus fertiles du village disparaissent petit à petit du paysage. Léopold Badiane, habitant des lieux, se lamente en pointant le doigt au loin : «Là-bas où vous apercevez les bouts de bois dans l’eau, il y avait des arbres et des rizières et la mer en était très éloignée. Aujourd’hui, tout ce périmètre de vie et de richesses a été détruit par les eaux marines.» Pour ce conseiller rural de Diembéring qui s’investit dans la sauvegarde de Gnikine, «si l’on dit à un étranger qu’en ces endroits envahis par les morceaux de bois il y avait de la terre, des dunes de sable blanc ou jaune, des arbres fruitiers sauvages, il lui sera difficile de nous croire tant les changements ont été profonds», ajoute-t-il avec un air de tristesse non feint.
L’espace qui fait office de territoire pour le village de Gnikine s’est donc logiquement rétréci ces dernières années. Il devient de plus en plus étroit pour une population qui tend à devenir nombreuse. De fait, les maisons qui sortent de terre sont naturellement construites sur les rares dunes de sable et terres non inondables situées entre les rizières et le littoral.

PATRIMOINE ECOLOGIQUE
Pour tenter de lutter contre ce fléau, les nouvelles autorités de la Com­munauté rurale de Diem­béring issues des élections locales du 22 mars ont décidé de se mobiliser énergiquement afin de limiter l’avancée de la mer vers le continent. Ainsi, depuis le 19 juillet dernier, des centaines de jeunes garçons et filles sensibilisés à ce fléau écologique majeur par lesdites autorités et par l’agent des Eaux et forêts de la sous-préfecture de Kabrousse ont initié des plantations de filaos tout le long du littoral qui va de Cap-Skiring à Gnikine. Avec un objectif de 20 000 unités. L’engouement est réel, car à la date du 2 août, une performance de 11 000 filaos avait déjà été réalisée entre Diembéring et Gnikine. «Le bilan est pour le moment positif grâce à la volonté des jeunes de lutter contre ce fléau. La période choisie (mi-juillet et fin août) déterminera la réussite de la campagne qui va se poursuivre l’année prochaine afin de freiner l’érosion côtière et la dynamique hydrique», affirme le nouveau Pcr de Diembéring. Selon Tombon Guèye, «il y a un patrimoine écologique à sauver dans cette partie de la région naturelle de Casa­mance confrontée à l’érosion côtière et ouverte sur une trentaine de kilomètres. Il faut donc impérativement minorer le danger environnemental, car à l’amont du littoral, il y a des rizières, une vie socioéconomique et culturelle. C’est un capital que nous voulons léguer aux générations futures». Le défi lui semble immense, mais «les jeunes ont bien compris que ce combat est le leur», ajoute M. Guèye.
Néanmoins, la menace qui plane sur le village de Gnikine est nettement plus sérieuse eu égard à sa situation stratégique entre l’embouchure du fleuve Casamance et l’océan Atlantique. «Il y a à ce niveau un phénomène hydrodynamique tout à fait intense avec le dragage du fleuve Casamance. C’est la raison pour laquelle nous interpellons toute l’attention de l’autorité centrale afin qu’on puisse ériger un mur ou une digue au niveau de Gnikine pour sauver ce village qui regorge les rizières les plus fertiles de la Communauté rurale de Diembéring afin d’éviter qu’il soit inscrit dans les calendres grecques», explique le Président de la Communauté rurale.
La même préoccupation est défendue par l’agent des Eaux et forêts de la brigade du poste de Kabrousse. «Si rien n’est fait, des terres entières, des villages et des rizières vont disparaître et on risque d’avoir en Casamance des réfugiés écologiques. Je lance un appel à l’endroit des autorités sénégalaises et à toutes les bonnes volontés pour qu’elles viennent en aide à ces paisibles populations de Gnikine sans oublier les autres villages que sont Diogué, Niomoul ou l’île de Cara­bane qui sont également aux prises avec ce même fléau», a plaidé Lat Grand Dione, dont l’engagement a consisté, entre autres, à fournir les pé­pinières de filaos à la Commu­nau­té rurale de Diembéring.

Le Quotidien

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Développement durable


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