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URBANISME Oser entreprendre ce qu’il y a lieu d’entreprendre



Dakar étouffe. Dakar s’asphyxie. Dakar se défigure, la gamme d’indignations ne cesse de s’étirer. Arrive aujourd’hui le temps de la réflexion et de l’action pour : « oser entreprendre ce qu’il y a lieu d’entreprendre ». Le 24 juillet dernier, la chambre de commerce abritait une rencontre sur le devenir de Dakar, initiée par le Collège d’Architectures en présence du maire Khalifa Ababacar Sall. Synthèse.

Les discussions ont démarré sur de douloureux constats, dont l’accumulation et l’aggravation constante ont conduit des citoyens à réclamer leurs droits d’expression pour souligner les anomalies aux dérives dangereuses qui se multiplient et compromettent les possibilités de vivre durablement ensemble et en harmonie dans la ville de Dakar. Car, nul ne peut ignorer qu’une ville est un corps vivant. Et pour le rester, il lui faut remplir plusieurs fonctions.

Elle peut, aussi, se choisir une identité forte en orientant son développement de sorte qu’une des fonctions soit dominante sans pour autant sacrifier l’équilibre entre toutes. Il y a quelques décennies, Dakar était plus facilement lisible : la chambre de commerce, la gare, la gouvernance, la place de l’Indépendance, la Grande Mosquée, la Cathédrale, le marché Sandaga structuraient la ville. Le centre ville était réservé à la fonction administrative et de décision (Gouvernance, ministères, etc), au commerce et à la résidence des classes dominantes et européennes, avec des services stratégiques comme les hôpitaux, les zones militaires, etc. Il était organisé autour d’un port, d’une gare, d’une grande place centrale qu’est la Place de l’Indépendance, qui comme d’autres voies principales distribuait la circulation dans des axes bien pensés pour quadriller la ville tout en permettant de couper ce centre réservé essentiellement à la population européenne du reste des habitants : un cordon Corniche- Malick Sy –Blaise Diagne- Faidherbe prolongeant les allées le long de la grande Mosquée.

Dakar est né donc d’un projet colonial. Une ville faite pour organiser et contrôler le Sénégal et les autres pays de l’AOF, en vue d’en drainer les richesses, d’utiliser la population locale sans pour autant habiter dans le même périmètre qu’elle. Suivant le même modèle que les Indiens « importés » par la colonisation britannique en Afrique de l’Est, les Colons français organisèrent le groupe tampon des Libanais, entre les Français et les autochtones, destinés à tenir certains secteurs économiques. Le constat est que les bâtiments et plus généralement l’urbanisme colonial ont parfaitement correspondu au projet initial, d’une ville capable de créer une croissance économique forte en drainant des richesses nationales et sous régionales qu’il importait d’envoyer prioritairement vers la France, en partant d’une localisation idéale en terme de proximité et de routes maritimes « faciles ».

Aujourd’hui, les lieux ne sont plus reconnaissables soit, ils ont changé de fonction, soit, ils sont porteurs de nouvelles réalisations, soit, ils ont disparu emportant avec eux leur mémoire.

Quel modèle de ville réclame Dakar ? Dakar depuis l’indépendance, n’a pas revu son Projet. Les autorités ont fait comme s’il n’y avait qu’un problème de démographie à gérer et d’accroissement d’activités commerciales. Or, il y avait forcément un Projet de société à repenser pour faire de Dakar, la ville de tous les Dakarois. Les déguerpissements autoritaires pour décongestionner le centre ville vers les espaces alentours jusqu’à Pikine, devenue banlieue, ont accentué le morcellement des identités porteuses d’exclusion et de fractures socio-culturelles.

Qui de l’Etat et des autorités locales a le vrai pouvoir ? Les questions autour du patrimoine telles qu’elles se sont posées ces tout derniers mois laissent songeurs. D’un point de vue physique et de l’environnement, il existe de sérieux problèmes, qui doivent être urgemment pris en charge pour stopper les causes de certaines nuisances et dégradations, parce que les effets néfastes sont parfois rapidement constatables et pas toujours réversibles, notamment quand il s’agit d’érosion côtière : restauration et préservation du littoral ; conservation des zones les plus fragiles ; respect de lois et règlements qui sont bien pensés mais qui n’ont que le défaut de n’être pas appliqués avec justesse et rigueur.

Il faut penser à créer une ville qui fasse de la place aux enfants, aux personnes handicapées ou à mobilité réduite (personnes âgées) ; Penser à créer plus d’espaces de loisirs, de jeux, de lieux de socialisation ; délimiter un centre ville historique et le protéger, pour qu’il conserve l’identité et l’âme de Dakar. La tendance aux projets d’envergure mégalomaniaque pour une ville contrainte par son site, dans sa superficie non extensible, est elle réaliste ? Ceux qui veulent faire parler les hectares de béton et les kilomètres de vitre, les échelles gigantesques et les superlatifs ne devraient ils pas aller poser leurs gestes spectaculaires d’affirmation de puissance hors du centre historique et du littoral (dont on connaît la fragilité et sur lequel la multiplication des réalisations à coup de béton et ne respectent pas les limites du domaine public maritime même dans leur acception minimaliste).

Tous les urbanistes et aménagistes savent que l’on ne fait plus de marina nulle part, surtout depuis que l’on entend parler des changements climatiques et de leurs conséquences sur le recul du trait de côte. Il faut réinventer Dakar, la faire naître une seconde fois. Le grand mot fédérateur des énergies, des visions, des projets et des valeurs, respectueux de la diversité des intérêts et des stratégies d’acteurs innombrables est lancé.

Baba DIOP
Lagazette.sn

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Urbanisme et habitat


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