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RECHERCHE DE SOLUTIONS À LA CRISE ALIMENTAIRE Le CNCR invite à une grande concertation autour de l’agriculture

Le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) a bouclé vendredi dernier 23 janvier 2009 son atelier international sur la crise alimentaire. Il s’agissait ainsi, durant les trois jours de travaux et d’échanges, de rechercher les voies et moyens par lesquels une souveraineté alimentaire des populations pourra être assurée. Sous ce rapport, le Cncr a engagé la responsabilité du Gouvernement et des partenaires au développement pour une grande concertation autour de l’agriculture.



« Il faut une grande concertation autour de l’agriculture pour parler de ses problèmes, identifier les mécanismes de mise en œuvre de leurs solutions et les traduire en plan de développement pour une période donnée. Ce qui constituera une politique agricole efficace ». Cet appel est de Baba Ngom, Secrétaire général du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux qui était en conclave à Dakar du 21 au 23 janvier dernier pour rechercher des solutions à la crise alimentaire de plus en plus menaçante.

« Il faut que les acteurs s’unissent autour de l’essentiel », a-t-il indiqué. Dans la même perspective, la déclaration finale du Cncr a stipulé que « les Organisations professionnelles agricoles (Opa) considèrent, que face à la hausse brutale et durable des prix des produits alimentaires importés, les pays de la sous-région et particulièrement le Sénégal n’ont d’autres choix que d’opter une politique ambitieuse qui va dans le sens de la souveraineté alimentaire », comme défini par l’Appel de Niamey en novembre 2006.

Les défis de l’État et de ses partenaires

Les recommandations de l’atelier international « Voix paysannes vers les voies de la souveraineté alimentaire » interpellent directement l’État du Sénégal et les différents partenaires au développement. L’État du Sénégal en même temps que ses partenaires doivent « favoriser une concertation entre tous les acteurs dans l’élaboration d’une politique agricole et alimentaire ; poursuivre l’effort de mettre la priorité sur le secteur agricole et particulièrement l’agriculture familiale dans l’allocation des ressources publiques ; promouvoir une réforme foncière concertée qui attribue des titres de propriétés aux exploitations agricoles familiales sur les terres qu’elles détiennent », entre autres.

Dans un premier temps, relativement à la nécessité d’une mise en place d’une politique agricole et alimentaire fiable, et de promotion d’une réforme foncière adéquate, il faut s’accorder sur une reconnaissance du statut du paysan pour faciliter son accès aux financements.

L’équilibre socioéconomique de la nation en dépend largement. « Quand l’agriculture va, tout va », disait un rapport des années 80 sur l’agriculture sénégalaise. D’autre part, la valorisation de la production entre en ligne de compte pour « rendre disponible un cadre commercial de précaution (TEC, APE) afin de stimuler un secteur agricole et agro-industriel dynamique et des prix rémunérateurs aux producteurs », a indiqué le Cncr dans sa déclaration finale.

Le Cncr a considéré que pour réussir une politique agricole adéquate et bénéficier d’une souveraineté alimentaire, il est important de « prendre en compte les volets relatifs à la commercialisation ou à la transformation, la gestion de l’offre et des opérations post-récoltes, l’organisation de la mise en marché et le stockage des produits ». Ce qui renvoie au souci de « mettre en place un mécanisme de commercialisation, et d’évaluation des besoins en volume de production et de consommation ».

Pour ceci, il faudra selon les participants à l’atelier, « revoir complètement les règles d’accès aux marchés telles que définies dans l’accord agricole de l’Organisation mondiale du commerce ; mais aussi d’accélérer le processus d’intégration à travers l’application concrète du protocole de la Cedeao ».

Par ailleurs, le problème de la maîtrise de l’eau, de la disponibilité des intrants en temps opportun, ainsi que du renouvellement des équipements agricoles est soulevé. Pour assurer une bonne sécurité alimentaire, il faut impérativement avoir une agriculture productive. « Quand nous ne parvenons pas à mettre sur place un stock qui puisse gérer une situation de crise, il en sera toujours ainsi », s’est lamenté Baba Ngom qui prédit que les prix des céréales risquent encore de grimper d’avantage au mois de juillet prochain.

Le devoir de changer

Toutefois, la responsabilité des paysans est aussi engagée dans la gestion de la crise et la lutte pour l’autosuffisance alimentaire. Mamadou Cissokho, Président d’honneur du Cncr, a estimé que même si c’est un devoir pour l’État « de promouvoir une politique expliquant aux populations que les tendances ont changé, il est nécessaire de retourner à la terre et de consommer local ».

Selon lui, « il faut que les paysans mangent ce qu’ils produisent » pour mieux se protéger de cette menace mondiale qui fait que 75 millions de personnes sont en état d’insécurité alimentaire. Il a ainsi rappelé la nécessité d’inverser la tendance d’importation de céréales qui coûte annuellement au Sénégal plus de 400 millions FCFA (environ 2/3 du riz consommé au Sénégal sont importés), car « le secteur de l’agriculture ne produit pas assez de denrées alimentaires pour l’alimentation de la population », comme l’a souligné le rapport introductif à l’atelier.

« Les principales importations de produits céréaliers sont le riz et le blé qui représentent respectivement 75 % et 25 % des importations céréalières totales », a souligné le rapport d’analyse de marché Sénégal : Commerce du riz du Programme alimentaire mondial (PAM) paru en août 2008.

Les facteurs internationaux (contraction de l’offre des céréales, hausse du prix du baril de pétrole) ont aussi engendré une hausse généralisée de principales denrées consommées au Sénégal, selon le même rapport.

« Au cours du premier semestre de 2008, le coût des importations en dollars a augmenté de 61 % se manifestant sur le marché local par une hausse de 53 % en Francs CFA. Ainsi, même si la nourriture est disponible dans certains cas, les exploitations familiales n’ont pas été en mesure de satisfaire correctement leurs besoins alimentaires du fait de sa cherté », a-t-il indiqué. Par conséquent, le déficit céréalier que connaît le Sénégal a une incidence sur les conditions de vie de ses populations.

Il faut rappeler que cet atelier de trois jours est une résultante de la situation de crise qui prévaut en milieux rural et citadin. La situation alimentaire du Sénégal connaît des perturbations depuis un certain nombre d’années avec la dégradation des conditions écologiques qui ont perturbé les productions agricoles et occasionné un exode massif des populations vers les centres urbains ou d’autres lieux de migration (Espagne). Le Cncr a salué l’effort des pouvoirs publics par la forte subvention de l’agriculture vivrière à travers la GOANA et une stabilisation du prix des céréales locales en milieu rural.

Chérif FAYE
Sud Quotidien

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Agriculture


Commentaires articles

1.Posté par OBOEUF Michel le 27/04/2009 07:39
Je lis souvent avec beaucoup de tristesse les articles relatif au développement agricole au Sénégal. Il est souvent rappelé que la production agricole doit s'intensifier, mais à quel prix. L'emploi d'engrais et pesticides chimiques stérilise les terres et rendent les agiculteurs toujours plus dépendants des societés semencières .Il en est de même par l'utilisation d'engins agricoles. Dans les zones rurales, la meilleur façon d'agir est de permettre aux agriculteurs locaux de produire et vendre sur place des produits peu chers et de qualité nutritive. L'agro écologie répond à cette orientation. Les expériences menées dans la région de NDIEMANE, montre la justesse de cette orientation. A NIANING un projet se met en place grâce au micro crédit mis en place par une association française (OLERON-NIANING). IL est approuvé par les 80 agriculteurs locaux.

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