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POUR BOOSTER LA PRODUCTION RIZICOLE AU SENEGAL Sept super-priorités

Le Sénégal fait partie des 23 pays subsahariens bénéficiaires d’une initiative japonaise dénommée CARD (Coalition pour le Développement de la Riziculture en Afrique). Destinée à doubler la production du riz en Afrique subsaharienne, cette initiative a dégagé avec les autorités sénégalaises en charge, 16 priorités dont 7 sont considérées comme super-priorités.



Les travaux du groupe d’experts réunis autour d’une cellule «Task Force » pour évaluer les actions entreprises et proposer les priorités pour les futures interventions de développement de la riziculture au Sénégal, ont abouti, le 17 juin dernier à Dakar, sur la définition de 16 priorités parmi lesquelles, 7 sont considérées comme super –priorités pour augmenter la production rizicole au Sénégal. Il est ainsi apparu la nécessité du développement en premier lieu de la mécanisation ; viennent ensuite la promotion de la riziculture pluviale, le renforcement des capacités pour l’entretien et la gestion des équipements agricoles, la promotion du riz local ainsi que le développement des aménagements hydro agricoles en zone irriguée ; l’amélioration de la fertilisation des systèmes de production rizicole et surtout le développement d’un système de crédit à Moyen et Long Terme, sont les deux dernières super-priorités que ledit groupe d’experts a soumis aux autorités du Ministère de l’Agriculture et de la CARD (Coalition pour le Développement de la Riziculture en Afrique), lors de la « semaine de travail » dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement de la Riziculture (SNDR) au Sénégal.

La Card, c’est une initiative lancée par le Japon lors de la TICAD IV (Conférence Internationale de Tokyo pour le Développement de l’Afrique) en 2008 et dont l’objectif est de doubler la production du riz en Afrique subsaharienne actuellement de 14 millions pour l’amener à 28 millions de tonnes d’ici 2018. A travers cette initiative qui se veut une réponse à la crise alimentaire récurrente dans le continent, le Japon et ses partenaires dans cette coalition ont ciblé 23 pays africains dont le Sénégal.

A l’instar des autres pays membres, la « Semaine de travail » instaurée par la CARD mobilise, chaque année, au niveau de chaque pays membre, un groupe d’experts autour d’une cellule « la Task Force » pour évaluer les actions entreprises et proposer les priorités pour les futures interventions de développement de la riziculture. Ce sont les résultats des travaux de cette année qui ont mis en exergue 16 priorités. A cet effet, la Task Force a élaboré une note conceptuelle de projet pour chaque super –priorités et élaboré une brochure pour promouvoir les investissements dans ce secteur important pour la souveraineté alimentaire et l’économie du pays.

Libéralisation mal conduite

De toute évidence, la question alimentaire préoccupe et ce ne sont pas les initiatives dans ce sens qui manquent. La Grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance (Goana) en est une. Lancée le 18 avril 2008 par le président Abdoulaye Wade, elle vise à mettre fin à la dépendance alimentaire du Sénégal. Elle prévoyait en l’espace de 6 mois et à partir du mois d’octobre, une production de deux millions de tonnes de maïs, trois millions de tonnes de manioc, 500 000 tonnes de riz et deux millions de tonnes pour les autres céréales (mil, sorgho, fonio). Mais si les objectifs de cette initiative peuvent être discutés, les moyens ont été dévoyés et les résultats encore plus discutables. Une chose est au moins remarquable c’est qu’en termes d’initiative, elle a peu ou prou permis une certaine diversification dans le secteur.

Auparavant, le Sénégal avait relancé, en 2008 à New Delhi, à l’occasion de la quatrième réunion Inde-Afrique sur le partenariat économique, son projet d’autosuffisance en riz. L’Inde avait alors accordé 13,5 millions de dollars à un programme de réhabilitation de 60 000 hectares d’aménagements précaires dans la vallée du fleuve et d’équipement en matériel agricole et d’irrigation, devenu obsolète.

Restons sur la filière rizicole, base de l’alimentation et dont la production locale est loin de couvrir la consommation intérieure qui représente 35 % du volume des céréales consommés au Sénégal ( 54 % du riz est consommé en milieu urbain et 24% en milieu rural), alors que son importation (plus de 600 000 tonnes /an), soit entre 87 à 93%, cause une perte de devises de plus de 100 milliards FCfa. Une véritable aberration alors que le Sénégal dispose d’une forte potentialité (terres, eaux, climat favorable, hommes). A l’échelle sous-régionale, on retrouve à peu près les mêmes problèmes et au regard des tendances, les estimations de la Fao avait fait état d’une augmentation des importations qui seront de l’ordre de 6,4 à 10,1 millions de tonnes en 2020.

Mais entre l’appauvrissement de petits exploitants au profit de grands exploitants causé par la libéralisation du secteur, le manque de concertation et d’implication des OP dans certains questions stratégiques (réforme foncière, relance rizicole), le manque de ligne de crédit des équipements (accès difficile pour les petits exploitants), les contraintes sur les subventions des engrais sans les autres facteurs (semences, équipements…) ainsi que le circuit de commercialisation peu organisé, posent des problèmes à la filière. Les sept priorités retenues dans le cadre de « la semaine de travail » recoupent plus ou moins tous ces problèmes. Le problème principal reste dans la mise en œuvre.

Bref, les changements induits par la libéralisation ont montré que le positionnement et les avantages concurrentiels des exploitations agricoles productrices de riz local reposent certes sur une maîtrise des coûts de production, mais également sur la mise en place de stratégies d’amélioration de la qualité et de promotion de la consommation. Au demeurant, est-il vraiment impératif de rechercher l'autosuffisance alimentaire pour les produits agricoles si l’on considère que les prix des produits agricoles importés s'avèrent plus rentables que les couts de production des produits locaux, comme c’est le cas au Sénégal ?

Malick NDAW
Sud Quotidien

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Agriculture


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