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OBSERVATOIRE SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES Un modèle de partage des savoirs

Une journée, pour débattre du climat et de ses caprices, n’est jamais chose aisée quand on veut sortir les mots de la bouche des paysans. Jusqu’ici, discours techniques, les changements climatiques qui posent un véritable défi aux communautés humaines, pour leur survie, ont été plutôt appréhendés dans les laboratoires, instituts universitaires et au niveau des experts. Aujourd’hui, il s’agit d’inverser la démarche en donnant la parole aux gens de la base. Aux paysans, pasteurs et producteurs pour l’essentiel. Mais, avec tout le retard accumulé par ces hommes et femmes des villages du Sahel, l’exercice n’est pas aisé, malgré l’optimisme de certains.



Avec le projet InfoClim, le Centre de recherche pour le développement intégré (Crdi), le Centre de suivi écologique et les Ongs qui les accompagnent se proposent de réaliser une plate-forme participative d’information qui devrait faciliter l’intégration de l’information scientifique aux stratégies locales d’adaptation aux changements climatiques. Il faut dire que le chemin qui mène vers la réalisation d’un observatoire sur les changements climatiques au Sénégal et en Afrique de l’Ouest ne sera pas de tout repos pour toutes ces entités et leur partenaire.

La visite de Fandène du 16 décembre a permis ainsi de se faire une idée de l’immense distance qui reste à parcourir et qui sépare les paysans et les élus locaux, aux chercheurs et à la politique improvisée de l’Etat, pour le cas du Sénégal. Prenons par exemple les pluies artificielles. Le représentant des chefs de village des communautés rurales de Fandène, Taïba Ndiaye et Notto, a fait un aveu qui en dit long sur les dispositions mentales qui sont aujourd’hui les leurs face à ce désir d’innovation climatique que l’Etat veut faire passer.

Amadou Kalla Diakhaté, a dit, à propos du partage des savoirs, son inquiétude sur la provocation des pluies artificielles par le bombardement des nuages. « Nous en avons entendu parler à un moment. Mais, qu’est-ce que cela veut dire ? Pour nous, le principal facteur de déclenchement d’une pluie est dans la forte présence des arbres. Sans les arbres, nous pensons qu’il ne peut y avoir de pluie. Alors, s’offusque le vieux paysan, quant aux procédés visant à provoquer la pluie par d’autres phénomènes, nous ne savons pas qu’elles peuvent en être les conséquences, parce que nous pensons que seul Dieu peut donner la pluie… »

Sur le partage des savoirs scientifiques et locaux, Maguette Cissé du village de Keur Daouda Cissé, s’est dit satisfait de l’amorce d’un tel processus qui a permis aux paysans qu’ils sont, d’apprendre beaucoup de choses qu’il ne savait pas auparavant. Ce dernier qui dirige, dans le cadre du projet InfoClim, le volet agriculture pluviale, affirme qu’il y a un vrai partage de savoirs autour de ce processus. A l’en croire, « On en est qu’au début, mais je peux dire que rien que le rapprochement avec la communauté des chercheurs, nous a permis de nous adapter dans un premier temps au contexte de changements climatiques du moment… » Cet avis ne manque pas d’intérêt.

Pour Pape Saliou Mbaye, président de la Communauté rurale de Fandène, « Dans les 36 villages qui composent la communauté rurale de Fandène, les populations vivent essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Ce qui explique, selon lui, l’opportunité d’un tel projet. » Prônant le retour à la terre, Saliou Mbaye, estime que « ce type de projet devrait permettre aux paysans de multiplier leur capacité de production, surtout en matière de céréales locales, le mil en l’occurrence. La venue du projet InfoClim est pour nous, une aubaine sur laquelle, il faut rebondir. Il nous donne comme projet, les bases d’une bonne formation sur l’adaptation aux changements climatiques, mais aussi un dialogue entre chercheurs et gens de la base. »

David Malone, tout nouveau Président du Crdi, a dit sa satisfaction d’avoir tiré quelques enseignements de ces échanges. Il les a trouvés très intéressants, surtout venant de la bouche même des paysans. Tirant les premières conclusions de cette visite, il fait un aveu d’homme de terrain, en disant, « J’ai eu l’impression que la population locale a une vision assez claire sur ce qu’elle vit et ce qu’elle ne veut pas. Il faut d’ailleurs souligner que ce sont rarement les populations locales qui entretiennent la confusion. C’est plus lié aux problèmes de la faiblesse des fonds qu’on leur donne. Dans n’importe quel Etat, poursuit M. Malone, au Canada comme au Sénégal, on se demande encore où mettre l’accent, où se trouve le leadership qui permet d’amorcer un processus positif. Mais, l’absence des instances régionales, des collectivités locales se fait souvent sentir. Où donc mettre les moyens ? Quels sont les choix à ces niveaux-là ? Au Canada comme au Sénégal, j’estime que les cas sont les mêmes et les populations locales se trompent rarement d’objectif », a apprécié David Malone.

Sud Quotidien

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