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Moussa SECK, Président du Consortium panafricain de l’agrobusiness et de l’agro-industrie : « Il faut mettre plus d’argent dans l’agriculture »



Dans cette interview, le Président du Consortium panafricain de l’agrobusiness et de l’agro-industrie, Moussa Seck, dit tout le bien qu’il pense du rôle et de la place que doit jouer l’Afrique dans le monde. Nommé, il y a « trois mois », il estime que le continent peut devenir le grenier du monde s’il parvient à développer son potentiel. Pour lui, le salut de l’Afrique est dans l’unité.

Pourquoi vous êtes si optimiste à propos du futur de l’Afrique ?

Quand vous ne connaissez pas l’Afrique, il y a lieu de s’inquiéter. La première condition de la renaissance africaine, c’est donc de connaître l’Afrique. Aujourd’hui, si vous enlevez toutes les frontières et vous ne laissez que l’équateur qui est la seule frontière qui vaille, vous avez les deux hémisphères, deux parties qui font la même chose, mais différemment, en des temps différents. Quand vous comprenez comment l’Afrique a été conçue, comment l’Afrique a été faite, quand vous voyez son potentiel, vous avez bien des raisons d’être optimistes. Savez-vous que nous sommes placés entre les parallèles 40 Nord et 40 Sud ? Cela veut dire tout simplement qu’on peut produire toutes les plantes du monde. Et qu’en même temps, l’équateur nous divise en deux parties égales, de sorte qu’on va les produire deux fois dans l’année. Ça c’est une source d’optimisme. Mais quand vous voyez aussi l’importance de l’Afrique dans le monde, quand vous voyez les ressources de l’Afrique, il y a aussi raison d’espérer. Si aujourd’hui, vous prenez tout ce que les générations futures peuvent exploiter, il y a bien raison d’espérer. Evidemment, si l’Afrique était unie - d’aucuns disent que c’est de l’utopie - mais non. On voit que ce n’est pas un choix politique. Si on connait ce potentiel, on doit aller tout droit vers l’union. Ce sont les chiffres qui l’ont démontré. Le Produit intérieur brut (Pib) de l’Afrique a été multiplié par deux de 2004 à 2008. N’est-ce pas une information intéressante, pendant que tout le monde pense que l’Afrique est en train de reculer ?

Ce développement passe par l’agriculture et pour cela vous préconisez l’irrigation... ?

J’ai pris l’agriculture comme secteur intégrable, c’est-à-dire un secteur qui peut montrer qu’il y a des complémentarités par lesquelles on peut passer pour faire l’union. Et nous avons dit l’irrigation parce que c’est un problème. Dans un système, il y a plusieurs composantes et des relations entre les composantes. Et quelle est la composante qui peut faire tourner tout le moteur ? C’est l’irrigation dans le domaine de l’agriculture. Les pays qui sont en avance (excepté le Nigeria), ce ne sont pas les pays à forte pluviométrie. Ce sont les pays secs, où les populations devaient se tuer pour irriguer : l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, etc. Tous ces pays aujourd’hui occupent le peloton de tête dans le Pib agricole. C’est la raison pour laquelle, nous avons choisi l’irrigation. L’irrigation est un moteur, mais rappelez-vous que nous avons deux cent millions d’hectares aujourd’hui, surtout en système pluvial et que nous devons les multiplier par deux, soit quatre cent millions d’hectares en 2025 et que nous allons faire cent millions d’hectares irrigués.

Dans ces cent millions, il y a deux millions qui concernent le Sénégal, où l’on nous parle souvent de 240 mille hectares aménagés ?

Nous sommes des techniciens. C’est notre métier, notre job ! Par exemple le Maroc, avec 30 milliards de m3 irrigue aujourd’hui 1,7 millions d’hectares ; le Sénégal a plus, jusqu’à 39 milliards de m3 d’eau, pourquoi se limiter à irriguer 240 mille hectares ? Nous savons exactement d’où sont sortis ces 240 mille hectares. Ils avaient un schéma d’irrigation gravitaire, qui va utiliser beaucoup d’eau à l’hectare. En misant sur 100 mille hectares ou 240 milles hectares de riz, par rapport au quota qu’ils donnent au Sénégal. Ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Il faut faire des modèles d’irrigation par cycles culturaux. Tout ce qui est admis, tout ce qui est préconçu, maintenant, nous devons le remettre en question. C’est notre devoir ! Il appartient aux décideurs d’exécuter et aux chercheurs de chercher et de proposer.

Quel regard portez-vous sur la politique agricole du Sénégal ?

Je pense que le Sénégal a un potentiel extraordinaire. Mais un ministre de l’agriculture du Sénégal ne pourra jamais prospérer, parce qu’il n’a pas d’argent pour faire l’agriculture. L’argent qui est voté à l’Assemblée nationale sert à payer les salaires des fonctionnaires. Tout ce qu’on demande, c’est que l’on mette de l’argent dans l’Agriculture. Le jour où le Sénégal le fera, les résultats suivront. Il ne s’agit pas de prendre les choses et de les jeter, de distribuer de manière aveugle. Il faut des programmes bien conçus, une utilisation judicieuse des ressources.

Sur ce point, il y a la Goana et le Plan Reva par exemple...

Je suis de tout cœur avec le président de la République. Le président de la République a fait ce qu’il devait faire pour pousser l’agriculture. Maintenant, il appartient aux techniciens et aux autres d’appliquer, de réaliser l’agriculture que nous avons toujours rêvé avoir.

Vous avez aussi parlé de l’Afrique comme futur grenier du monde, qu’est ce que vous préconisez de faire pour y arriver ?

Il faut comprendre quel est le potentiel de l’Afrique. Si aujourd’hui l’Afrique a faim, c’est qu’elle ne connait pas son potentiel, ou bien elle ne fait pas attention à son potentiel. Nous avons 53 états qui partent dans tous les sens, alors qu’il faudrait peut être un programme articulé. Quand les français voulaient prendre du café, ils sont allés en Côte d’Ivoire ; pour l’arachide, ils sont venus au Sénégal ; et pour le coton, ils sont allés au Mali, etc. Donc la France regarde l’Afrique comme un seul pays et tire toutes les ficelles. Maintenant, il est demandé aux Africains de regarder l’Afrique comme un seul pays et de tirer toutes les ficelles.

Propos recueillis par Aly DIOUF
Le Soleil

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