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LAGUNE DE SOMONE: ENTRE ENSABLEMENT ET EROSION COTIERE Vers une mort programmée



Sanctuaire pour les oiseaux migrateurs et source de revenus pour plusieurs villageois vivant de l'exploitation de ses potentialités, la lagune de la Somone court de graves dangers. Elle présente des signes avant-coureurs d'un ensablement au niveau de sa jonction avec la mer, annonciateur d'une mort programmée. A l'origine du mal, deux menaces sérieuses que constituent les multiples aménagements sur le bassin versant dans la partie Est et l'érosion côtière de plus en plus intense à l'Ouest. Ce phénomène qui peut entraîner un désastre écologique aux conséquences incalculables interpelle plus d'un. Conscients de cela, les spécialistes de la faune et de la flore mais aussi les riverains, en appellent à des mesures idoines pour parer à toute éventualité.

Cours d’eau traversant les villages de Sorokhassap, Thiafoura, Guéréo et la commune éponyme, la «Somone» a son bassin versant qui s’incline vers l’océan atlantique. Cadre naturel aux richesses énormes catalysant diverses activités, la «Somone» est aujourd’hui menacée de disparition à cause d’un ensablement de plus en plus pesant. Aussi, la lagune de la Somone court-elle d’énormes risques, obligeant Saliou Mbodji, le président des éco-gardes de cette réserve naturelle d’intérêt communautaire, à tirer la sonnette d’alarme.

En effet, les multiples aménagements sur son bassin, sis au niveau des plateaux de Diass et de Thiès, constituent de sérieuses menaces pour la survie de la lagune de la Somone. Les eaux pluviales alimentant son lit arrivent à peine au niveau de son estuaire et font l’objet de déviations vers des directions non initiales. Conséquences, le mouvement unilatéral et continu du remplissage de la lagune dans un sens a fini par conduire à un ensablement progressif. L’occupation anarchique des berges de la Somone, les constructions des hôtels et des habitations au niveau du bassin versant qui n’ont pas arrangé les choses ont fini par constituer un bouchon qui progressivement, a empêché la mer et la lagune de communiquer.

C’est ainsi que l’on peut observer, du fait que le tirant d’eau reste faible, la possibilité en période de marée basse de faire à pied, la traversée vers Guéréo. Une situation qui n’est pas pour arranger l’affaire des piroguiers qui se retrouvent dans l’impossibilité de proposer des ballades à la clientèle touristique. Il s’y ajoute qu’au chapitre des méfaits pouvant accompagner la fermeture de la lagune, le président des éco-gardes relève le pourrissement des eaux et autres vasières pouvant être sources d’odeurs fétides. Ce qui va incommoder les riverains et les touristes qui n’auront plus envie de séjourner dans la zone. C’est conscients que ce phénomène peut entraîner un désastre écologique aux conséquences incalculables que des spécialistes de la faune et de la flore mais aussi des riverains escomptent des mesures idoines pour parer au plus pressé. Ils en appellent à une intervention de l’Etat et des bailleurs car il va falloir mobiliser des moyens importants en termes d’études et d’engins pour procéder au draguage de la lagune.

Saliou Mbodji a souvenance qu’il y a quelques décennies de cela, la Somone avait connu un ensablement de son estuaire. Ce qui s’était traduit par des conséquences dramatiques pour les communautés vivant de l’exploitation de crevettes, huîtres, poissons et autres produits halieutiques. Beaucoup d’espèces d’oiseaux avaient fini par déserter la lagune. Quant à la mangrove, se retrouvant étouffée, elle disparaissait lentement mais sûrement. Pour de telles scènes ne soient revécues, il souhaite que des mesures énergiques soient prises pour épargner aux populations une catastrophe écologique aux conséquences incalculables.

Un paradis d’oiseau en péril

La création de la réserve de la lagune de la Somone obéit à une volonté de l’Etat remontant à la fin des années 1990. Une gestion communautaire inclusive accompagne la vie et l’exploitation de la lagune. Elle intègre le conseil rural de Sindia et la Direction des aires protégées assurant l’encadrement au sein de cet espace. Ses deux missions essentielles se résument à la préservation de la biodiversité et à l’intégration de la lagune d’une part, et d’autre part à l’impulsion du développement économique des populations locales.

C’est un écosystème particulier regorgeant d’une faune avifaune et d’essences végétales couvrant trois villages à savoir : Thiafoura, Sorokhassap et Guéréo. Ici, les oiseaux vivent dans un habitat original à plusieurs strates. On distingue celle arborée de la strate herbacée avec la savane arbustive, les fourrées et la prairie arbustive occupées par les oiseaux et le plan d’eau des cours d’eau permanents et temporaires selon différentes périodes de l’année.

La mangrove reste aussi l’habitat préféré des espèces avifaunes avec beaucoup d’espèces allant des sternes aux grues cendrées, en passant par les mouettes à tête grise, les cormorans, les hérons et autres limicoles. Elles squattent le plan d’eau, les baobabs, les fugus, les cordias, les prosopis, les jujubiers, les différents acacias et les eucalyptus. En tout, une cinquantaine d’espèces avifaunes sont recensées à côté d’une dizaine de mammifères dont des chacals. Les espèces piscicoles ne font pas encore l’objet de décompte au niveau de la lagune de la Somone, mais tout de même diverses variétés de poissons s’y trouvent, a affirmé le conservateur.

Jean, le génie protecteur des ressources

La Somone n’est pas seulement un sanctuaire écologique pour les oiseaux et quelques mammifères drapés dans un espace vert fait de mangrove d’une beauté paradisiaque. Les couchers de soleil y sont extraordinaires. C’est la demeure du génie tutélaire de la Somone, un djinn, homme blanc portant le nom de Jean (Keur Jean). Des offrandes ont été faites dans le passé dans le cadre de pratiques propitiatoires pour favoriser la prolifération des ressources et la protection de la lagune des catastrophes. Des plats européens bien cuisinés sont versés dans la lagune avec des ustensiles pour satisfaire Jean nous rapportent des habitants du terroir. Des dépositaires des secrets mythiques et mystiques sont commis aux tâches de prêtres pour faire l’office à la gloire du génie protecteur.

De nos jours des efforts inouïs continuent d’être menés par des organisations diverses pour le reboisement de la mangrove le long des berges de la Somone. Cette opération se fait depuis plus d’une décennie. Madame Rokhaya Ciss la présidente des femmes d’un des Groupements d’intérêt économique profitant de la gestion et de l’exploitation de la Somone milite pour des interventions urgentes pour une continuation de leurs activités touristiques très lucratives.
accentué par les multiples aménagements sur le bassin versant dans la partie Est et l’érosion côtière de plus en plus intense à l’Ouest.





Suffisant pour que Saliou Mbodj porte espoir dans le dynamisme des comités d’orientation et de gestion de la réserve de la Somone avec comme objectif de voir les riverains profiter des revenus de la réserve à travers les écoles et les postes de santé par des dons de kits scolaires ou de médicaments ou de financements d’activités génératrices de revenus pérennes.

Samba Niébé BA
Sud Quotidien

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Développement durable


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