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KABROUSSE Quand le tourisme freine la culture du riz



Situé dans la communauté rurale de Djemberène sis au département d'Oussouye non loin de la station balnéaire de Cap Skirring, le village de Kabrousse est fortement secoué par des activités touristiques de la station balnéaire. La riziculture qui est longtemps perçue comme l'expression d'une identité et d'un attachement aux valeurs ancestrales chez la population locale, est en train de subir les contrecoups du tourisme. Les infrastructures hôtelières ont de dévoré de grandes surfaces de rivières.


Kabrousse est-il en train de tourner une page importante de son histoire. En tout cas, tout porte à le croire. Village autrefois fortement attaché à l'agriculture, notamment la riziculture dont la promotion porte la signature de la reine et héroïne de la résistance casamançaise, Aline Sitoé Diatta, pendant la période de la seconde guerre mondiale.

Cette culture qui, jusqu'ici a permis de mettre la population locale à l'abri des diverses crises alimentaire, est aujourd'hui fortement secouée par l'essor des activités touristiques de la station balnéaire de Cap Skirring, distant de quelques kilomètres.

A cela s'ajoutent la baisse de la pluviométrie et la menace de plus en plus pressante du phénomène de la salinisation sur les quelques superficies de terres arables disponibles. «Beaucoup de choses ont changé ici à Kabrousse. Autrefois, nous produisions tout ce que nous consommons. Il était imaginable de voir quelqu'un avec un sac de riz importé. Nous vivions essentiellement de l'agriculture et des fruits de mer. Maintenant, ce n'est plus le cas», se souvient Alexis Diatta, chef de quartier de Nialou, un des trois quartiers qui compose ce village où est née également Aline Sitoé Diatta.

Abondant dans le même sens, Bruno Diatta, homonyme du chef de protocole du président de la République, originaire du village confie, «la culture du riz ainsi que la récolte du vin de palme font partie des valeurs identitaires que nous avons reçues de nos aïeux. Mais hélas, aujourd'hui, nous sommes confrontés à un problème d'espace cultivable du fait non seulement de l'installation des équipements hôteliers sur nos anciennes rizières, mais également de la salinisation du peu de rizières qui nous reste. Toute la surface maritime, propice à la riziculture est aujourd'hui occupée par des hôtels dont la majeure partie n'est plus fonctionnelle», s'insurge-t-il.

Face à ce rétrécissement de plus en plus des terres cultivables au profit des installations touristiques, le chef de quartier de Nialou invite les autorités à restituer la population locales des terres agricoles où, sont construits des hôtels fermés. «Nous avons mis gracieusement notre foncier à la disposition de l'Etat pour la construction des hôtels en guise de notre contribution à la promotion du tourisme dans cette zone. Car les autorités nous avaient promis que nos enfants allaient être embauchés dans ces hôtels pour y travailler. Aujourd'hui, force est de constater que plus de la moitié de ces installations ont fermé boutique du fait de la crise que connait ce secteur du tourisme. Nous avons donc demandé que ces terres nous soient restituées pour la culture du riz mais, on nous a fait comprendre que la plupart des hôtels appartiennent à certain Racine Sy. Nous invitons donc les autorités à tout faire pour nous aider à reprendre nos terres».

En outre, Alexis Diatta plaide aussi pour la construction de digues anti sel pour, dit-il, protéger les rizières de l'avancée du sel. «La population locale s'est battue bec et ongles pour barrer la route à l'avancée du sel en construisant des digues qui, malheureusement n'ont pas donné des résultats. Nous invitons l'Etat à agir avant qu'il ne soit trop tard. Car ces rizières sont le seul espoir qui nous reste pour continuer à pratiquer notre riziculture».


Nando Cabral Gomis
Sud Quotidien

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Tourisme et hôtellerie


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