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HORTANCE DIEDHIOU OUVRE LE FEU SUR TOUT «LE SPORT AU SENEGAL, C’EST ZERO, PARCE QU’IL Y A UNE MAUVAISE GESTION»



Hortance Diédhiou est amère. Elle est très amère même. Pas seulement de son élimination prématurée, dès les 16èmes de finale hier, lundi 8 août, par la Néerlandaise, Sanne Verhagen (23 ans) chez les moins 57 kg, au Carioca Arena 2 de Rio de Janiero. Mais aussi et surtout de la façon dont le sport sénégalais est géré. Dans une interview accordée aux Envoyés Spéciaux des organes sénégalais, la triple championne d’Afrique a craché du feu sur les autorités. Du ministère des Sports à la Fédération sénégalaise de judo en passant par le Comité national olympique et sportif sénégalais (CNOSS).

Comment expliquez-vous cette élimination dès les 16èmes de finale ?

J’ai fait une petite erreur qui m’a coûté quatre années de préparation. C’est dommage ! J’ai bien mené mon combat, jusqu’à une minute au moins de la fin. J’ai fait une prise mal amorcée et l’adversaire en a profité pour m’avoir. Je ne suis pas très déçue de ce que j’ai fait.
En revanche, je suis très déçue du manque d’accompagnement et de soutien des autorités.

Avant d’arriver aux attaques contre les autorités, comment se fait-il que vous n’ayez pas pu faire prévaloir votre expérience face à une athlète qui a dix ans de moins que vous ?

L’expérience compte peu au niveau du haut niveau (sic). Non ! La seule chose qui compte c’est l’encadrement de l’athlète, son accompagnement au niveau physique et financière. Ces filles ne sont pas plus fortes que moi. Les Japonais qui m’ont préparé, vous diront que j’avais la chance de faire quelque chose à Rio.
Mon erreur s’explique. J’ai été déjà frustrée du fait de monter sur le tatami sans coach. Je suis venue au Sénégal sans coach. Vous imaginez ça pour un athlète ? Les JO, ce n’est pas un petit rendez-vous !

Pourquoi votre coach n’est pas venu ?

C’est la fédération qui décide. Malheureusement (…) Je me suis préparée avec un coach en pensant qu’il allait m’accompagner. A la dernière minute, j’ai su que c’est le Directeur technique national (Niokhor Diongue, Ndlr) qui allait partir à sa place. Ce dernier a certes tout fait. Mais je n’ai pas eu à travailler avec lui au préalable. Convenez en avec moi, qu’il ne peut rien m’apprendre à deux jours des JO. C’est impossible dans le haut niveau.

Comment un travail de quatre ans a-t-il dégringolé en l’espace de deux jours ?

C’est ça la magie des JO. Depuis le mois d’avril, je n’étais pas suivi par le Sénégal. C’est dommage. Pendant ce temps, d’autres pays me suivent, m’accompagnent, paient ma préparation. Tout en sachant que j’ai des concurrentes chez eux.
J’ai fait beaucoup d’attaques. Si le coach était avec moi, il aurait peut-être dû me demander de me calmer. Le cas échéant, c’est mon adversaire qui allait prendre un coup et j’allais gagner. Hélas, j’étais toute seule. Est ce qu’au niveau mental et psychologique, on peut réussir quelque chose dans ces conditions ? Mon erreur, c’est d’être partie sans coach.Pourtant, cette année, j’étais soutenue par tout le peuple sénégalais, particulièrement de la diapora casamançaise. Ils ont même cotisé pour me financer certaines compétitions. Pendant ce temps que font l’Etat, le Cnoss, ma propre fédération. Ce n’est pas normal.

Vous voulez dire que vous n’avez aucun soutien. Même pas une bourse olympique ?

Si on entre dans les histoires olympiques, ça risque de faire mal. Une bourse olympique, ce n’est pas le Sénégal qui l’offre, c’est le CIO. Qu’est ce que le Sénégal a fait pour moi ? Zéro ! A la veille de notre départ, nous avons été convoqués à minuit, au ministère des Sports pour recevoir un paquet d’argent. Ça sert à quoi à la veille des JO. Il fallait le faire en amont pour mieux nous appuyer et nous aider. Qu’est ce qu’on va faire avec cet argent ici ? Ils veulent qu’on aille faire du shopping ?Personnellement, j’ai exprimé mes besoins, mon planning de compétitions depuis janvier 2016.J’ai remis tous les documents en décembre 2015.
Le comble, c’est que je ne suis pas montée avec les équipements floqués du drapeau national. Je suis monté avec le kimono du Brésil. Dans mon sac, on m’a remis des équipements de tailles XL et XXL.Comment, je peux mettre ça. J’étais obligée de sortir mes équipements de 2004. Je trouve même rabaissant que le secrétaire général du Cnoss, Seydina Diagne se transforme en distributeur d’équipements. Pis, ils nous ont donné des équipements de Maputo (2011). Ils sont repartis à Sandaga pour les floquer à nouveau. J’ai refusé de porter ça. Je ne peux être porte drapeau du Sénégal et arborer des restes d’équipements qui datent de 2011.

Pourquoi vous n’avez pas pu combattre avec le kimono avec le drapeau du Sénégal ?

A la dernière minute, les organisateurs m’ont fait savoir que je ne pouvais mettre le kimono que mon pays m’a remis. Parce qu’il y avait deux sponsors d’une même marque. Or, le règlement n’autorise qu’un seul sponsor.
Le Sénégal a même reçu un mail par rapport à ça. Pourquoi, ils n’ont pas acheté un kimono réglementé ? Je ne peux être à la fois athlète, administratif, médecin, équipementier. Ce n’est pas possible. Je n’ai qu’un seul cerveau. C’est pourquoi, je voudrais que le Chef de l’Etat me reçoive. Pas moi toute seule. Nous sommes nombreux. Il y a Amy Sène, Isabelle Sambou, Malick Fall. C’est triste que le sport sénégalais se retrouve dans cet état. Le président de la République a mis 800 millions F Cfa et les gens ne sont même pas capables de nous mettre dans de bonnes conditions. J’ai fait trois jours de voyage. J’ai été emprisonnée à Luanda. Ça aurait dû créer un incident diplomatique.J’ai fait Dakar-Bamako ; Bamako-Addis-Abeba où j’ai dormi une heure de temps à l’hôtel avant de reprendre les airs pour Luanda. En Angola, les autorités ont refusé qu’on sorte de l’aéroport parce qu’on n’avait pas de visas.On a été contraint de payer pour dormir dans les services d’immigration. Sinon, on allait dormir sur des carreaux à l’aéroport. On était dans des cellules. Vous vous rendez compte ? Qu’est ce que des athlètes font des cellules ?Il y avait des barrières partout. On était sur haute surveillance avec des cameras partout, comme si on était des délinquants. Le Sénégal ne mérite pas ça ! C’est triste !Nous sommes un grand peuple du sport. Malheureusement, il y a une très mauvaise gestion. Il faut oser le dire. Je ne me dis pas parce que je suis contre le ministre ou le Cnoss. Ils font des efforts certes. Mais, il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut qu’on n’ose le dire ensemble pour régler les problèmes. Personnellement, je suis au crépuscule de ma carrière. Mais, je ne souhaiterais pas que mes sœurs ou mes frères sénégalais souffrent autant que moi pour en arriver là. C’est mon époux et le Japon qui m’ont fait qualifier. Pendant ce temps, où étaient les 800 millions ?

Vous avez reçu une prime ?

Ils m’ont filé 10 millions à la veille des JO. Je n’en ai pas besoin. J’ai fait cadeau à ma mère. J’en avais besoin depuis décembre 2015. Sur l’année olympiade, je n’ai fait qu’une seule compétition. Vous trouvez ça normal pour une athlète de haut niveau, c’était aux championnats d’Afrique de judo où je n’ai rien pu faire d’ailleurs.

C’est quand même paradoxal que Balla Dièye de taekwondo puisse venir son coach et vous, on vous le refuse ?

Il a eu de la chance. S’il gagne, c’est tout le Sénégal qui sera content.Mais, je me pose la même question. Pis, au niveau du défilé lors de la cérémonie d’ouverture, il y a eu des entraîneurs qui ne sont pas entrés (…)

Quid de l’avenir de Hortance Diédhiou après quatre olympiades ?

Je vais continuer le judo. Je ne peux pas arrêter. Ce serait ingrat de ma part. J’ai fait le monde entier grâce à cette discipline.
Mon avenir, c’est mon combat pour le développement du sport sénégalais. Je me mettrais pour notre sport. Actuellement, le sport du Sénégal, c’est zéro, parce qu’il y a une mauvaise gestion. Certaines personnes ne sont pas à leur place. On ne doit pas mettre des politiques partout pour nous diriger. Il nous faut un sportif de haut niveau pour nous encadrer.
Imaginez la récompense sélection sélective qui est faite pour nos athlètes. Je suis très contente pour mes sœurs de basketball, championnes d’Afrique qui ont reçu des maisons et 10 millions chacune. Mais, qu’on pense aussi aux autres athlètes. Personnellement, j’ai quatre titres de championne d’Afrique. Isabelle Sambou en a neuf. Amy Sène en a deux. Malick Fall en a plusieurs. Adama Diatta aussi, etc. Pourquoi, on ne nous donne rien. Nous sommes tous du même pays. Les «Lionnes» sont même venues pour me motiver. Je veux juste qu’on soit aux mêmes pieds.

Sud quotidien

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