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Climat : 'L'ONU n'a pas les moyens d'imposer quoi que ce soit'



A l'occasion de la semaine du climat, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, réunit une centaine de chefs d'Etats, mardi 22 septembre à New York, sur le thème du réchauffement climatique. Son but : faire avancer les négociations qui s'enlisent, alors que se tient, début décembre, la Convention-cadre de l'ONU à Copenhague (Danemark).
Ce sommet vise à finaliser un accord sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre pour la période post-2012, après l'expiration du protocole de Kyoto. Amy Dahan, historienne des sciences et directrice de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), revient sur le rôle qu'ont joué les Nations unies dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Quel rôle a joué l'ONU dans l'émergence des négociations sur le climat ?

Amy Dahan : Il a été déterminant. La question climatique est très lourde : elle porte en elle tous les problèmes du développement mondial. C'est sous l'impulsion de l'ONU qu'a été mis en place le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Créé en 1988, cet organisme est devenu le fer de lance de tout le processus climatique : c'est notamment lui qui a réussi à imposer des données consensuelles dans les négociations sur le climat. C'est aussi sous l'égide des Nations unies, en 1992, qu'a été créée la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, qui a marqué de façon très importante l'agenda international : la quinzième se tiendra à Copenhague en décembre.

Au fil des ans, l'ONU a relativement bien manœuvré, notamment vis-à-vis des pays en voie de développement qui contestaient dans les années 1990 le cadrage de la question climatique. Mais les Nations unies ont réussi à gagner leur confiance, en modifiant les structures de gouvernance de la Convention, et grâce au GIEC qui a su entendre les préoccupations des pays du Sud. Alors que dans les années 1990, la négociation se déroulait uniquement entre les pays industrialisés, aujourd'hui, puissances émergentes et pays en développement sont parties prenantes des discussions. Cela rend le processus de négociations très lourd. L'ONU est extrêmement bureaucratique et procédurale. Par exemple, sur la question des forêts, il y a au moins trois organismes compétents au sein des Nations unies. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Est-ce que les négociations climatiques auraient pu se dérouler en dehors du cadre de l'ONU ?

Jusqu'à l’élection de Barack Obama, il n'était pas clair que les Etats-Unis le fassent au sein de l'ONU, où leur voix compte formellement autant que celle du Népal. Les Américains ont donc imaginé des regroupements de grandes puissances, au sein du G8 ou du G20 ou encore au sein de la coalition Asie-Pacifique. Mais sans l'ONU, considérée comme inadéquate. Mais à son arrivée, le nouveau président américain a indiqué que les négociations se dérouleraient au sein de l’ONU. M. Obama ne souhaitait pas engager une bataille pour créer un autre cadre, sachant que les pays en voie de développement sont particulièrement attachés à celui de l'ONU. En même temps, cela n'empêchera pas les Etats-Unis de lancer des accords bilatéraux ou multilatéraux avec certains grands pays qui les intéressent, notamment en Asie...

"Nous avons le pied collé sur l'accélérateur et nous fonçons vers l'abîme", a lancé le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, le 3 septembre à Genève. A-t-il les moyens de pousser à un accord ambitieux à Copenhague ?

Ban Ki-moon s'est beaucoup engagé sur cette question. Ayant de nombreuses agences qui peuvent travailler de façon unifiée sur cette question, l'ONU se présente volontiers comme le service public international de la question climatique. Mais je ne crois pas que l'ONU ait, en tant que tel, les moyens d'imposer quoi que ce soit. A Copenhague, Ban Ki-moon fera en sorte qu'il n'y ait pas d'échec. Un échec serait en effet dramatique et très démoralisateur. Par contre, s'il y a un semblant de succès à Copenhague, rien ne sera acquis.

Ce ne sera que le début d'un long processus pour faire respecter les engagements, accroître les ambitions des politiques climatiques et essayer de construire un horizon désirable différent de la civilisation américaine. La planète n'a pas les moyens de supporter pour 9 milliards le mode de vie américain. Or c'est celui auquel aspirent tous les pays qui sortent du développement. Ces derniers ne feront rien si les Etats-Unis ne montrent pas l'exemple. Or les contraintes dans lesquelles se débat aujourd'hui Obama sont un frein. Sur la question climatique, il est coincé par sa classe politique et j'ai l'impression que l'American way of life n'est pas négociable.

Ban Ki-moon réunit une centaine de chefs d'Etat, le 22 septembre à New York, sur le thème de la lutte contre le réchauffement climatique. Que peut-on attendre d'une telle réunion ?

Comme résultat concret et précis pour Copenhague, je ne sais pas. Mais cette réunion peut jouer le rôle d'alerte médiatique internationale. On sait que la question climatique a aussi progressé de cette façon. Si les conventions de l'ONU sont très lourdes, elles constituent cependant un moment particulier. Des milliers de personnes s'y rendent. A Bali, en 2007, 20 000 personnes étaient présentes. A Poznan, l'année suivante, elles étaient plus de 10 000. A Copenhague également, on attend beaucoup de monde. Tout cela favorise une montée de la conscience du risque climatique et participe d'une pression générale sur les dirigeants politiques pour leur parler de leur responsabilité historique.

LeMonde.fr

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Développement durable


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