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Amélioration des semences agricoles : L’Isra met au point sept nouvelles variétés de sorgho, mil et de niébé



La problématique des semences de qualité s’est posée à l’agriculture sénégalaise ces dernières années à la suite de la politique de désengagement de l’Etat dans ce secteur.Ainsi, en vue de reconstruire le capital semencier de certaines variétés complètement détruites ou pour améliorer celles traditionnelles, deux chercheurs ont demandé à l’Isra d’inscrire au catalogue national de nouveaux éléments végétaux.

Une fois n’est pas coutume, le Comité national consultatif des semences et plants, s’est réuni, avant-hier, en présence de l’ensemble des acteurs qui le composent en vue de procéder à l’homologation de trois nouvelles variétés de mil, quatre de sorgho et de niébé. Gabriel Bassène, conseiller technique au ministère de l’agriculture et le Dr Macoumba Diouf, directeur général de l’Isra, ont présidé la séance qui a duré près de quatre heures d’horloge.

A l’ouverture de la réunion, c’est le Dr Ndiaga Cissé, généticien-sélectionneur au Cnre de Bambey, par ailleurs directeur du Centre d’étude régional pour l’amélioration de l’adaptation à la sécheresse (Ceraas) a tenu à mieux faire connaître à l’assistance les nouvelles variétés de sorgho qui est une céréale cultivée dans les mêmes conditions que le mil dans le Bassin arachidier, le Sénégal oriental et la basse et moyenne Casamance. Il s’agit des variétés dénommées : ‘Nguinthe’, ‘Faourou’, ‘Darou’ et ‘Nganda’.

Le découvreur de ces nouvelles variétés de semences de sorgho a travaillé sur ces produits de 2000 à 2007, période durant laquelle il a testé ces variétés à plusieurs reprises et en divers endroits avant d’obtenir les résultats auxquels il a abouti. ‘Les variétés de ‘Nguinthe’, ‘Faourou’, ‘Darou’ et ‘Nganda’ ont été obtenues du croisement Ce151-262x Sarvato -1 effectué en 2000. La Ce 151-262 est un caudatum cultivé pendant l’hivernage en irrigué dans le fleuve, ou sous pluies en zone de 400 à 600 mm (Nord et centre nord). Son cycle semi-maturité est de 90 jours et la plante est tanne, avec une hauteur de 120-150 cm. (…) Elle est assez tolérante aux maladies foliares. Son rendement moyen en irrigué et en pluvial est de 5,3 et 2,4 tonnes à l’hectare et les maximums sont respectivement de 6,5 et 4,3 tonnes/hectare (…)’, explique le Dr Cissé. Les nouvelles trouvailles du directeur du Ceraas ont été homologuées et admises à l’unanimité des membres du Comité national consultatif des semences dans le catalogue local.

S’agissant de la nouvelle variété de niébé ‘Pakau’, le Dr Cissé, qui en est le concepteur, indiquera que ‘la variété Pakau a été obtenue du croisement Mouride X 58-77, qui a été effectué en 1989’ et que ‘la lignée 58-77 est une introduction de l’Angola et a été évaluée pour sa réaction aux thips’. Dans sa description des caractéristiques du niébé ‘Pakau’, le chercheur notera également que les rendements des tests effectués depuis trois ans tournent autour de 1 156,4kg/hectare. Ainsi, cette nouvelle variété de niébé vient s’ajouter à celles déjà connues, à savoir : Mouride, Mélakh, Yacine, Mame Penda, etc. Celles-ci ont été sélectionnées par des chercheurs de l’Isra.

Pour sa part, le Dr Ousmane Sy du Cnra de Bambey a présenté au comité les caractéristiques des trois variétés de mil soumises à l’homologation. Il s’agit de variétés intermédiaires qui n’existaient pas jusque-là au Sénégal. De ce fait, pour le Dr Sy, ces nouvelles variétés proposées que sont le Ismi 9507, le Peo8030 et le Thialack2, qui sont des variétés précoces qui arrivent à maturité entre 100 et 105 jours, permettront de lever une contrainte variétale pour la zone Centre sud et le Bassin arachidier, principales zones de culture du mil. Ces trois nouvelles variétés de mil portent à sept celles qui sont inscrites au catalogue local.

A en croire le Dr Ousmane Sy, chercheur-sélectionneur au Cnra de Bambey, ‘Les nouvelles variétés de mil présentées ont beaucoup d’avantages’. Selon lui, ‘le premier avantage c’est l’augmentation des rendements’. ‘Les rendements des trois nouvelles variétés de mil sont largement supérieurs aux variétés traditionnelles que les paysans cultivent’, soutient notre interlocuteur. ‘Ces nouvelles variétés ont des cycles plus courts par rapport aux variétés traditionnelles et donc sont plus adaptées par rapport aux changements climatiques. Elles sont aussi plus résistantes par rapport aux maladies. De plus, elles sont, d’après les essais qu’on a effectués, adaptés aux besoins culinaires des gens. En même temps, elles donnent plus de paille. Ce sont des variétés à promouvoir. Nous voudrions que les gens les adoptent pour relever le niveau de productivité des céréales locales. En cultivant ces variétés, on pourrait augmenter la production vivrière et régler l’insécurité alimentaire’, informe le Dr Sy.

Atteindre l’autosuffisance alimentaire

Pour le Directeur général de l’Isra, le Dr Macoumba Diouf, les nouvelles variétés de mil, sorgho, et de niébé, qui ont été présentées par ses équipes, ont fait leur preuve tant du point de vue de la productivité, de la stabilité que de l’acceptabilité par les paysans. C’est pourquoi, note-t-il, ‘le principal enjeu lié à l’homologation de ces nouvelles variétés végétales, c’est l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire pour notre pays et la lutte en même temps contre la pauvreté’. Parce que, fait-il remarquer, ‘nous sommes un pays essentiellement agricole de par la population rurale dont 70 % tournent autour de l’agriculture et parmi eux 54 % vivent dans la pauvreté et de par la superficie cultivée.’

‘Pour toutes ces raisons, l’agriculture doit être la locomotive incontournable de la croissance économique du Sénégal. Or, on ne peut pas développer cette agriculture si en amont, on ne règle pas les problèmes techniques liés au matériel végétal diversifié et performant. Tout comme les problèmes techniques liés aux techniques modernes de culture. Et cela, c’est le rôle de la recherche. C’est ce que l’Isra est en train de faire en essayant de régler le problème de l’agriculture sénégalaise à la racine en mettant en place de nouvelles variétés de semences’, justifie le directeur général de l’Isra.

Au nom des producteurs regroupés dans le Cncr, Diéry Gaye a salué cette initiative non sans déplorer que pendant longtemps les résultats des recherches de l’Isra ne parvenaient à leurs destinataires. C’est à dire aux producteurs. Ainsi, il a lancé un vibrant plaidoyer à l’Isra pour que ce partenariat se poursuive. Un avis partagé par Chimère Diaw de l’Ancar qui souhaite que ‘la diffusion et l’introduction de ces nouvelles variétés auprès des paysans se fassent très vite’.

Mamadou SARR
Wal Fadjri

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